Attentat de Nice: A-t-on raison d'employer le mot «attentat»?

TERRORISME Un homme au volant d'un camion a tué au moins 84 personnes et en a blessé plus de 200 à Nice jeudi soir...

Romain Baheux

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Policiers et pompiers le 15 juillet 2016 à Nice après l'attaque au camion sur la Promenade des Anglais
Policiers et pompiers le 15 juillet 2016 à Nice après l'attaque au camion sur la Promenade des Anglais — Valery HACHE AFP

Des images d’horreur, un bilan effroyable d’au moins 84 morts et François Hollande qui affirme que « le caractère terroriste » de l’attaque de Nice « ne peut être nié ». Mais près de 24 heures après, personne n’a encore revendiqué la paternité du drame. Est-il correct d’employer le terme « d’ attentat », alors que pour l’instant, aucun signe d’allégeance à Daesh n’est remonté des perquisitions chez Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le chauffeur du camion qui a foncé sur la foule ?

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« L’attentat de jeudi soir correspond aux appels permanents aux meurtres de ces organisations terroristes, tels qu’elles le prescrivent notamment dans leurs revues ou vidéos », a estimé François Molins, procureur de la République de Paris, soucieux de ne pas faire du chauffeur un nouvel Andreas Lubitz, ce copilote qui avait tué 150 personnes en précipitant l’avion de la Germanwings sur un sommet des Alpes en mars 2015.

« On se pose rarement la question de la qualification des faits, mais c’est crucial, estime Gérôme Truc, sociologue et auteur de ​Sidération. Une sociologie des attentats​ (PUF). Les médias emploient un terme qui joue alors sur la manière dont les gens perçoivent les effets d’un événement. »

Mais un attentat est-il forcément terroriste ? A la fin du XIXe siècle, ces deux notions n’étaient pourtant pas aussi intimement liées, comme en témoigne la notion « d’attentat à la pudeur ». « On s’en servait surtout pour désigner un acte criminel, comme des atteintes aux biens et à la personne, poursuit Gérôme Truc. Les événements du XXe siècle ont progressivement uniquement destiné ce mot à décrire des offensives terroristes. « Attentat terroriste » est alors devenu un pléonasme. »

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Par ses méthodes, Daesh brouille aussi les codes des attentats du siècle dernier. « Quand l’ETA frappait au Pays basque, ils appelaient les autorités pour expliquer qu’ils avaient mis une bombe à tel endroit. Les motivations et le contexte géopolitique étaient connus, raconte Gérôme Truc. Depuis le 11-Septembre, on laisse aux victimes le soin de comprendre pourquoi elles ont été visées. Dans ses messages, l’Etat islamique est d’ailleurs plus dans la promotion de ses actions auprès de ses partisans que dans la justification des choix des cibles. » Et par son silence, laisse planer l’ambiguïté autour de la tuerie niçoise.