Détention de Salah Abdeslam: «La vidéosurveillance existe en Italie et en Pologne pour les mafieux»

INTERVIEW D’autres pays appliquent-ils la vidéosurveillance en cellule, comme le permet en France l’arrêté du gouvernement qui concerne Salah Abdeslam?…

Propos recueillis par Florence Floux

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Photo de Salah Abdeslam transmise par la police française le 15 novembre 2015 dans le cadre d'un appel à témoins
Photo de Salah Abdeslam transmise par la police française le 15 novembre 2015 dans le cadre d'un appel à témoins — DSK POLICE NATIONALE

La polémique revient. Le dispositif unique de vidéosurveillance mis en place pour le détenu le plus observé de France dans le but de prévenir les risques d’évasion et de suicide est à nouveau questionné ce mercredi. Le recours de l’avocat du seul survivant du commando terroriste des attentats du 13 novembre doit être examiné par le tribunal administratif de Versailles (Yvelines) dans l’après-midi. En cause : cette vidéosurveillance, autorisée par un arrêté, n’est prévue dans le droit français que pour une durée de 24 heures.. et serait donc contraire au respect de la vie privée.

Pour Frank Berton, cet arrêté pris par le garde des Sceaux en personne est illégal, au regard notamment de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme sur le droit au respect de la vie privée. Qu’en est-il des dispositifs de surveillance des détenus à l’étranger ? Marie Crétenot, de l’Observatoire international des prisons (OIP), répond à 20 Minutes.

Existe-t-il des dispositifs similaires dans d’autres démocraties ?

A ma connaissance, la vidéosurveillance en cellule existe en Italie, mais pour des motifs différents de ceux invoqués dans l’arrêté gouvernemental concernant Abdeslam. De l’autre côté des Alpes, la vidéosurveillance est utilisée pour les détenus appartenant à la mafia, afin d’empêcher les évasions et la poursuite des activités mafieuses en prison. C’est la même chose en Pologne. Mais aujourd’hui, en France, cette mesure pourrait s’appliquer aux inculpés d’Outreau par exemple, puisqu’elle concerne les détenus « dont l’évasion ou le suicide pourraient avoir un impact important sur l’ordre public », c’est-à-dire les prisonniers médiatisés.

Aux Etats-Unis, par exemple, ce type de vidéosurveillance n’existe pas ?

Je ne crois pas. Et si cela avait été le cas, la Chancellerie l’aurait cité en exemple pour appuyer le bien-fondé de son arrêté. Les Américains ont un système de surveillance différent du nôtre, avec des cellules à barreaux, donc ouvertes. La vidéosurveillance est présente dans les couloirs, mais elle ne s’impose pas forcément dans les cellules, puisqu’on peut voir à l’intérieur de celles-ci à travers les barreaux.

Habituellement, comment est géré le risque de suicide en prison ?

Normalement, des mesures anti-suicide sont mises en place uniquement en cas de risque suicidaire avéré soit par le comportement du détenu, soit par ses paroles. Le détenu est alors vêtu d’un pyjama en papier, pour éviter qu’il se pende. On peut également le mettre en cellule lisse, c’est-à-dire sans aucune prise. Ces mesures doivent être ponctuelles et interviennent généralement avant une hospitalisation, comme dans tous les cas de comportement suicidaire. C’est avant tout une question de santé publique, et le meilleur moyen de lutter contre le suicide, c’est de répondre à la souffrance de la personne, comme en liberté.

Salah Abdeslam n’a pourtant montré jusqu’ici aucun comportement suicidaire ?

Il ne semble pas avoir de comportement suicidaire. Ici, il s’agit surtout de protéger la vie de Salah Abdeslam jusqu’au procès. Après cette échéance, le dispositif sera levé. Le vrai but est donc de protéger le droit des familles des victimes à avoir un procès, pas directement la vie du détenu. D’autant que des études ont prouvé que le dispositif de vidéosurveillance a plutôt tendance à aggraver le risque suicidaire qu’elle entend prévenir.