14 juillet: 1er défilé pour les surveillants pénitentiaires, une «reconnaissance symbolique qui ne doit pas être éphémère»

FÊTE NATIONALE L’administration pénitentiaire représente la troisième force de sécurité intérieure française…

Helene Sergent

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Un surveillant de prison (illustration)
Un surveillant de prison (illustration) — FRED SCHEIBER/20 MINUTES/SIPA

Pour la première fois, les insignes de l’administration pénitentiaire vont défiler ce jeudi 14 juillet sur la prestigieuse avenue des Champs-Elysées. L’annonce, le 27 avril dernier, du ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a pris tout le monde de court. Evoquant une « marque ultime de confiance », le Garde des Sceaux a obtenu l’accord du chef de l’Etat, François Hollande et du Premier ministre, Manuel Valls, d’intégrer surveillant ou élèves surveillants au traditionnel défilé.

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Administration pénitentiaire et lutte antiterroriste

Cela faisait « des années » que les syndicats du personnel pénitentiaire formulaient la demande d’intégrer cette célèbre cérémonie nationale. En vain. A l’été 2015, le sénateur LR (Les Républicains) de Vendée, Bruno Retailleau,était allé jusqu’à interroger le ministre de la Défense sur l’absence de ces fonctionnaires : « Seules des formations relevant du ministère de la défense et du ministère de l’intérieur participent au défilé organisé sur les Champs-Élysées, à Paris, à l’occasion de la fête nationale, au titre de la défense et de la sécurité nationale », avait alors rétorqué Jean-Yves Le Drian.

Qu’est-ce qui a changé en un an ? « Depuis plusieurs mois, dans un contexte de lutte antiterroriste, l’exécutif commence à nous considérer avec les mêmes égards que les policiers ou les gendarmes de par nos connaissances en matière de renseignement pénitentiaire », analyse Jean François Forget, secrétaire général du syndicat UFAP-UNSa Justice. Avec 38.000 agents, dont 27.000 personnels de surveillance et 5.000 personnels en Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation,l’administration pénitentiaire représente la 3e force de sécurité intérieure française. Le cortège, relativement modeste et composé de volontaires, sera mené par Sophie Bleuet, directrice de l’ENAP, l’école chargée de former l’ensemble du personnel pénitentiaire.

Le symbole à l’épreuve de la réalité

« Evidemment, nous sommes fiers de défiler, fiers d’être intégrés, c’est une bonne chose et un effort que nous saluons mais notre intégration au défilé ne change en rien ce constat : notre métier est en souffrance », soupire Philippe Campagne, secrétaire national chargé de la communication au sein du syndicat SNP-FO.

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Une réjouissance « symbolique » donc, qui n’apaise pas les inquiétudes des agents exposés à la surpopulation carcérale et à des conditions de travail difficiles : « Il ne suffit pas de nous faire revêtir nos costumes du dimanche le jour du 14 juillet. L’année dernière, on a recensé  18 prises d’otage en prison en France. C’est une bonne chose qu’on puisse défiler, reste à savoir si c’est éphémère et lié au contexte actuel ou s’il s’agit de quelque chose de durable », ajoute Jean François Forget. Place Vendôme, on assure qu’il s’agit d’une volonté portée par le ministre en personne : « Si l’expérience du défilé 2016 est appréciée par l’ensemble du personnel pénitentiaire, il n’y a pas de raison que leur présence sur les Champs-Élysées ne soit pas pérenne ».

Ces derniers mois, le Garde des Sceaux a multiplié les annonces en direction de ce corps jugé « délaissé » par ses représentants. Séminaire national prévu à la fin du mois, recrutement de 2.500 surveillants jusqu’au 1er septembre ou réintroduction des fouilles au corps collectives encadrées, l’exécutif tient à donner des gages aux fonctionnaires. Insuffisant au regard des carences salariales et du manque d'attractivité du métier selon Philippe Campagne (FO) : « Les jeunes ne veulent pas venir et quand ils se lancent dans la profession, ils arrêtent très vite, on les comprend. Il faut que le gouvernement revalorise la profession et pas seulement via notre indemnité. Or renforcer la sécurité des fonctionnaires en prison par exemple permettrait d’améliorer les conditions de détention des citoyens ».