Hollande et l’électorat LGBT: «De la drague maladroite en écrasant les pieds»

DROITS LGBT L’ouverture sous condition du don du sang aux homosexuels et l’abrogation d’une circulaire anti-PMA ne suffisent pas à recoller les morceaux entre le président et la communauté lesbienne, gay, bi et trans (LGBT)…

Olivier Philippe-Viela

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François Hollande lors du 40e anniversaire de l'interprofession des producteurs et vendeurs de fruits et légumes à Paris, le 6 juillet 2016.
François Hollande lors du 40e anniversaire de l'interprofession des producteurs et vendeurs de fruits et légumes à Paris, le 6 juillet 2016. — Kamil Zihnioglu POOL

Après 33 ans d’exclusion de la procédure, ce lundi marque officiellement l’ouverture du don du sang aux personnes homosexuelles (sous certaines conditions). Promise par la ministre de la Santé Marisol Touraine en novembre 2015, la mesure rejoint un autre geste de François Hollande envers la communauté LGBT :  l’abrogation prochaine, annoncée le 4 juillet, d’une circulaire prévoyant des sanctions (cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende) contre les gynécologues qui orientent leurs patientes vers l’étranger pour avoir recours à la PMA.

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Deux décisions qui ont été accueillies favorablement par les associations LGBT. Virginie Combes, vice-présidente de SOS Homophobie, parle de « gestes positifs », notamment après une rencontre avec François Hollande le 30 juin, deux jours avant la marche des fiertés 2016. « Il n’est pas rare que le président reçoive les associations LGBT à la veille de la marche. Le cas de la circulaire a été abordé à ce moment-là, et il s’est engagé à l’abroger. Espérons que cela permettra aux femmes d’être mieux soignées et accompagnées », explique-t-elle à 20 Minutes.

La circulaire polémique mise en place par le gouvernement lui-même

Mais il y a aussi une pointe d’amertume derrière les bonnes nouvelles. Le don du sang d’abord, qui ne s’ouvre qu’aux homosexuels abstinents depuis douze mois. Pour Virginie Combes, cela signifie que les conditions de don ne sont pas encore complètement sorties d’une logique discriminante : « On aimerait évoluer vers une sélection en fonction de comportements à risques et non pas de groupes à risques ».

« J’aurais préféré que la France s’aligne sur l’Italie et l’Espagne, dont le modèle a fait ses preuves. Là-bas, le don du sang est ouvert à toutes les personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle, qui n’ont pas eu de conduites à risques depuis respectivement 4 et 6 mois », expliquait déjà en novembre, à l’annonce de cette mesure, Jean-Luc Romero (PS), président de l’association Elus locaux contre le sida.

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Autre grief retenu contre le gouvernement, le fait que la circulaire qui doit être abrogée a été mise en place… en février 2013 par Marisol Touraine, alors que le candidat Hollande avait fait en 2012 de l’accès à la PMA pour les couples lesbiens une promesse de campagne. Laurence Rossignol, ministre de la Famille, a expliqué que l’engagement avait été « freiné par la violence des réactionnaires et des conservateurs », en plein débat sur le mariage pour tous. « Cette circulaire avait été une grosse déception, nous nous étions demandé à l’époque si ce n’était pas pour calmer les esprits », confirme Virginie Combes.

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« Sa communication a été désastreuse pendant tout son mandat »

François Hollande essaierait-il, à quelques mois de l’élection présidentielle, de récupérer un électorat LGBT qui s’est senti floué en dépit de la loi Taubira ? « Je dois avouer que je me suis interrogée sur le timing de ces annonces », reconnaît la vice-présidente de SOS Homophobie. Pour Alexandre Eyries, chercheur en communication politique à l’université de Bourgogne Franche-Comté, la tentative de rabibochage est évidente : « Hollande est dans une logique de promesses pré-électorales. La communauté LGBT a plutôt tendance à voter à gauche, et là elle risque de faire pencher la balance à droite, alors il lâche du lest. »

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Pas sûr que l’opération séduction fonctionne cette fois, après les promesses non tenues de 2012. « Sa communication a été désastreuse envers les personnes lesbiennes, gay, bi, transgenre, pendant toute la durée de son mandat. Le risque est fort qu’elles se sentent flouées une nouvelle fois. Ce que fait François Hollande, c’est de la drague maladroite, en écrasant les pieds de la personne avec qui il danse », illustre Alexandre Eyries. « Son bilan n’est pas totalement positif, modère Virginie Combes. Il doit aller plus loin sur la formation des fonctionnaires contre l’homophobie et l’extension de la PMA, comme promis. »

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« Le quinquennat n’est pas fini »

Plus loin sur la procréation médicalement assistée, c’est notamment son ouverture aux femmes célibataires que réclame la Coordination lesbienne en France. « L’accès à la PMA pour les couples de lesbiennes relève encore d’une vision que nous jugeons trop restrictive du droit. Il s’agit, selon nous, d’un droit individuel et non un droit relevant d’un statut de conjugalité quel qu’il soit », pour Marie-Josèphe Devillers, coprésidente de l’association.

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François Hollande a donc encore beaucoup de travail pour espérer recoller les morceaux avec l’électorat LGBT. « Le quinquennat n’est pas fini, nous avons toujours quelques revendications », précise Virginie Combes, au cas où le président estimerait l’affaire réglée avec ces deux mesures récentes. « Il est dos au mur, c’est une manière maladroite, sans gage de réussite car il a de fortes chances d’échouer, de faire pencher cette communauté de son côté », résume Alexandre Eyries.