Paris, le 10 juillet 2016. Un enfant joint les mains en signe de détresse après la défaite de la France face au Portugal en finale de l'Euro 2016.
Paris, le 10 juillet 2016. Un enfant joint les mains en signe de détresse après la défaite de la France face au Portugal en finale de l'Euro 2016. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

EMOTIONS

Euro 2016: Comment expliquer la défaite des Bleus face au Portugal aux enfants?

Difficile pour les plus jeunes de supporter la défaite quand leurs propres parents ont pleuré après le but d’Eder…

Elle aurait bien voulu encourager les Bleus jusqu’au bout. Mais Claire n’a pas pu voir les dix dernières minutes de la finale de l’Euro opposant la France au Portugal. « J’ai passé la fin du match à consoler Maya, 5 ans et demi, raconte cette maman parisienne. Il y avait beaucoup de fatigue nerveuse. Mais elle était en larmes… » A une heure où ils sont plus habitués à être bercés dans les bras de Morphée, de nombreux enfants ont vécu très douloureusement la défaite de la bande à Grizou, dimanche soir.

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Timothée a même pris une décision radicale au coup de sifflet final. « dégoûté », selon son papa, le garçon de 10 ans a fini par se coucher en lâchant : « Puisque c’est comme ça, je ne suis plus Français ! » Une réaction qui ne surprend pas le pédopsychiatre Stéphane Clerget*. « Les enfants entre 3 et 10 ans éprouvent une hypersensibilité face à une vague populaire aussi puissante que celle-là… »

Léon, 4 ans, s’est demandé pourquoi « maman criait »

Ravis de voir leurs parents se grimer en Bleu et se lâcher complètement devant le petit écran, les « éponges » que constituent les plus petits « vivent à la puissance 10 » les émotions dans ces moments-là, selon ce pédopsychiatre. « A partir de neuf ou dix ans, un enfant peut ressentir des émotions personnelles, poursuit-il. Mais avant cela, il est surtout affecté par les réactions de son entourage proche, dans une forme de conformisme classique. »

Le coq Français a le bec dans l'eau après la défaite
Le coq Français a le bec dans l'eau après la défaite - Claude Paris/AP/SIPA

Dos à la télévision durant la première mi-temps, Léon, 4 ans, a donc préféré regarder les mimiques de ses parents plutôt que les percées alors prometteuses de Moussa Sissoko. « Il se marrait sans cesse et me demandait pourquoi je criais, raconte Stéphanie, sa maman. Ce n’était pas facile pour nous. Il a fallu qu’on maîtrise notre langage… »

C’est la règle d’or face à des enfants encore en phase d’apprentissage. « Le devoir de l’exemple, poursuit Stéphane Clerget. Il faut être prudent, ne pas faire preuve d’outrance, ne pas tenir de propos racistes ou de gros mots afin d’apprendre l’enfant à réagir à la déception… » Et ne pas hésiter à blâmer le Tonton qui aurait décidé de noyer son chagrin dans le houblon.

Paul, 7 ans et demi, est toujours d’accord pour aller au Portugal

Comme la victoire, la défaite fait partie du processus d’apprentissage. Et après avoir permis à toute la famille de lâcher prise, le coup de sifflet final indique également le moment où il faut « rationaliser les événements ». « Il est essentiel d’expliquer à l’enfant qu’il n’a rien ‘’raté’’, que ce n’est pas parce qu’il a mal soutenu les Bleus qu’ils ont perdu, explique le spécialiste. Et puis, c’est l’occasion de parler du fair-play. Dans ces cas-là, on peut simplement se réjouir de la joie des Portugais. »

Fervent supporteur de la France, Paul, 7 ans et demi l’a déjà bien compris. « Un peu triste » après avoir vu le match chez ses grands-parents dimanche soir, il avait, au réveil ce lundi matin, déjà bien intégré la notion d’exemple. « Il m’a dit qu’il était toujours d’accord pour partir en vacances au Portugal, relate Anne, sa maman. Et même qu’on pourrait lui acheter un maillot rouge pour l’occasion. »

*Comment te faire respecter ?, dès 13 ans aux éditions Limonade