Suicide de Krisztina Rady: Explications et joutes assassines à l'audience pour diffamation

JUSTICE Le tribunal correctionnel de Paris a étudié ce vendredi les plaintes pour diffamation de Bertrand Cantat et des parents de Krisztina Rady à l'encontre d'un petit ami de la jeune femme... 

Florence Floux

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Krisztina Rady au procès de Bertrand Cantat pour le meurtre de Marie Trintignant à Vilnius, en Lithuanie, le 22 mars 2004.
Krisztina Rady au procès de Bertrand Cantat pour le meurtre de Marie Trintignant à Vilnius, en Lithuanie, le 22 mars 2004. — ERIC FEFERBERG / AFP

Le prévenu qui veut poser des questions, des documents que tous les avocats n’ont pas reçus, les problèmes de traduction en hongrois… L’audience pour diffamation intentée par Bertrand Cantat et les parents de Krisztina Rady à son ex-petit ami François Saubadu fut parfois laborieuse, ce vendredi.

Le président du tribunal, afin de juger du caractère diffamatoire de propos tenus par François Saubadu dans VSD en 2013, a dû se replonger dans la polémique qui a entouré le suicide de Krisztina Rady. Dans l’hebdomadaire, François Saubadu accusait Bertrand Cantat de « terreur prsychologique » à l’encontre de Krisztina Rady. Il insinuait également que les parents de la jeune femme « restaient les bras croisés ».

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Si les débats qui se tenaient au tribunal correctionnel de Paris ont parfois manqué de clarté - puisque tous les protagonistes ne s’exprimaient pas dans la même langue, 20 Minutes en a gardé la substantifique moelle à travers les citations phare de l’audience.

« Je ne fais que rapporter les propos de Krisztina. » François Saubadu a expliqué en ces termes les paroles publiées dans VSD sous la forme d’interview, en 2013 et à travers lesquelles il accuse Bertrand Cantat de « terreur psychologique » sur Krisztina Rady. Cet agent d’artiste qui ne travaille plus aujourd’hui a également indiqué qu'« il y a des choses dont il peut personnellement attester : sur le fait que Bertrand Cantat était violent et qu’il fallait qu’elle s’en aille ». François Saubadu a ainsi reconnu que les propos publiés par VSD étaient restés fidèles à ce qu’il avait rapporté à la journaliste du magazine.
 

« Ils m’envoient le CD avec le message vocal pour que je reste les bras croisés ? C’est impossible ! » François Saubadu a indiqué au tribunal qu’il avait reçu un CD en 2012, contenant le message vocal en hongrois que Krisztina Rady a laissé sur le répondeur de ses parents six mois avant de se donner la mort, avec sa traduction. Les parents de la jeune femme lui ont fait parvenir. D’après lui, ce CD était accompagné d’une lettre expliquant que le couple souhaitant garder de bons rapports avec Bertrand Cantat afin de continuer à voir leurs petits-enfants, ils lui confiaient ce CD pour qu’il essaie de relancer l’enquête sur les circonstances de la mort de Krisztina Rady. Une version que les parents de la victime réfutent totalement. D’après eux, ils ont confié cet enregistrement à François Saubadu après qu’il leur a envoyé une « gentille lettre », pour « le réconforter ».
 

« Trois jours après avoir laissé ce message, Krisztina a dit que ce n’était plus d’actualité. » Le fameux enregistrement, qu’on trouve traduit en français dans son intégralité dans le livre L’Amour à mort, Bertrand Cantat-Marie Trintignant (Ed. de l’Archipel), contient des passages parfois troublants sur le climat dans lequel la jeune femme vit alors. Krisztina Rady y indique qu’elle a « déjà échappé plusieurs fois au pire », faisant état de « preuves ». Selons ses parents, elle leur aurait affirmé quelques jours seulement après leur avoir laissé ce message désespéré, qu’elle ne se trouvait plus dans cette situation, les invitant à ne pas tenir compte de son enregistrement.


« Moi j’aime beaucoup Bertrand, c’est quelqu’un de très sensible. » C’est ainsi qu’a parlé du chanteur sa belle-mère, la mère de Krisztina Rady. Csilla Rady a également ajouté que « les années ont prouvé que Bertrand est un bon père, qui s’occupe bien de ses enfants ». Après la plaidoirie de l’avocat du chanteur de Detroit, la mère de Krisztina Rady a applaudi. Son avocat, Me Leh, a indiqué travailler main dans la main avec les conseils de l’artiste bordelais. « Dire que Bertrand Cantat est un assassin, c’est du délire », a-t-il lancé au tribunal.
 

« Elle était déchirée entre ces deux hommes. Dans un moment de folie, elle s’est pendue. » Pour Me Leh, l’avocat des parents de Krisztina Rady, Bertrand Cantat n’a aucune responsabilité dans le suicide de la jeune femme. Les propos de François Saubadu sont pour lui et les parents un tissu de mensonges. « Ils n’en peuvent plus de ces insinuations, ils veulent la paix », a indiqué cet avocat franco-hongrois. La mère de Krisztina Rady a pour sa part expliqué au tribunal que François Saubadu « n’accepte pas que Krisztina ait choisi son mari et pas lui, c’est pour cela qu’il fait scandale sur scandale ».
 

« On ne quitte pas Bertrand Cantat, ni Marie Trintignant, ni Krisztina Rady. » Une phrase choc lancée par l’avocat de François Saubadu lors de sa plaidoirie. Le conseil n’a cessé de faire des allusions à l'homicide de Marie Trintignant, ex-compagne du chanteur, pour lequel il a été condamné en Lituanie à huit ans de prison en 2004. « Il est débordant d’énergie à la scène et à la ville, ce qui est un peu plus gênant », « Bertrand Cantat a le sommeil lourd. Il s’endort quand Marie Trintignant est au lit, il dort quand Krisztina Rady se pend », a par exemple asséné le conseil.

Le ministère public n’a pas retenu le caractère diffamatoire des propos de François Saubadu envers les parents de Krisztina Rady, contrairement à ceux tenus contre Bertrand Cantat. Les décisions concernant les deux plaintes seront rendues le 14 octobre 2016.