Suicide de Krisztina Rady: Le tribunal estimera-t-il que Bertrand Cantat a été diffamé?

JUSTICE Le tribunal correctionnel de Paris doit étudier ce vendredi la plainte pour diffamation du chanteur contre un petit ami de sa femme, suicidée en 2010, qui accusait le chanteur de « terreur psychologique »…

Florence Floux

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Bertrand Cantat lors de son concert au festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 19 juillet 2014
Bertrand Cantat lors de son concert au festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 19 juillet 2014 — Alain ROBERT/APERCU/SIPA

On remet une pièce dans la machine. Ce vendredi, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris étudiera la plainte en diffamation de Bertrand Cantat envers l’ancien petit ami de sa femme, Krisztina Rady, morte le 10 janvier 2010. D’après les constatations et les résultats de l’autopsie cette femme de Lettres hongroise s’est pendue à son domicile de Bordeaux (Gironde), où elle vivait avec Bertrand Cantat et leurs deux enfants.

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En 2013, François Saudabu, qui avait entretenu une courte liaison avec Krisztina Rady, recevait une lettre de la mère de celle-ci lui indiquant que leur fille leur avait laissé un long message sur leur répondeur pour leur expliquer ce qu’elle vivait. Un message que François Saudabu avait voulu porter à la connaissance des médias et de la justice, persuadé que le chanteur de Detroit, condamné pour le meurtre de Marie Trintignant en 2003, avait également tué la mère de ses enfants. Dans VSD, François Saubadu, agent d’artistes, estimait que Bertrand Cantat exerçait « une terreur psychologique » sur Krisztina Rady, qui l’avait conduite à se donner la mort.

« Ce cauchemar que Bertrand appelle amour »

A l’époque, Bertrand Cantat s’était exprimé sur les faits dans les Inrocks, expliquant que « les raccourcis et les accusations délirantes (l) e concernant (étaient) inacceptables ». Il avait donc déposé plainte pour diffamation. Dans un livre accablant pour le chanteur, L’amour à mort : Bertrand Cantat - Marie Trintignant (Ed. de l’Archipel), les deux journalistes Frédéric Vezard et Stéphane Bouchet révélaient l’intégralité du message vocal laissé par Kirsztina Rady sur le répondeur de ses parents six mois avant sa mort.

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« J’ai déjà échappé plusieurs fois au pire », « ce cauchemar que Bertrand appelle amour », « Bertrand est fou, il pense que je suis le plus grand amour de sa vie et qu’à part plusieurs petits déraillements, tout va bien », «… après, il rentre à la maison et fait des choses horribles avec moi devant sa famille », « j’espère que vous pourrez encore entendre ma voix, et si ce n’est pas le cas, vous aurez une preuve… En même temps, des preuves il y en a. Les gens dans la rue, nos amis… Ils ont vu hier quand Bertrand a tout cassé et j’ai eu peur que pour une fois cela ne se passe pas chez nous mais chez nos amis… »

Des violences psychologiques ?

Après la révélation de ce message, l’association féministe Femme et Libre avait déposé plainte contre Bertrand Cantat pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », soit ce que l’avocate Yael Mellul, ancien conseil de François Saudabu et présidente de l’organisation, appelle « suicide forcé ».

« Il y a une méconnaissance encore aujourd’hui des conséquences traumatiques liées aux violences et plus particulièrement des violences psychologiques au sein du couple. Il est toujours plus difficile de faire admettre les violences dans le huis clos familial que dans la sphère publique, l’acceptation tardive du viol conjugal en est une autre preuve », estime celle qui essaie de créer une jurisprudence sur le sujet. « Le lien de causalité entre le suicide et les violences subies est difficile à prouver », explique-t-elle.

« Il y a toujours des traces d’une emprise »

Un vide juridique difficile à comprendre, pourtant. « Il y a plein de preuves dans la vie de tous les jours : les SMS, les mails, les problèmes de santé puisque les violences psychologiques entraînent de réels problèmes de santé (dépression, troubles de l’alimentation, troubles du sommeil)… Il y a toujours des traces d’une emprise. Mais c’est comme le harcèlement moral, il faut savoir où chercher pour trouver. Il faut que les gens soient formés à cette problématique », indique la psychiatre Muriel Salmona, spécialiste des violences faites aux femmes.

L’enquête sur la mort de Krisztina Rudy n’a pas pu aller très loin. François Saudabu a été entendu dans le cadre de l’enquête préliminaire, mais les parents de la jeune femme n’ayant pas souhaité déposer plainte, aucune instruction n’a été ouverte.