Suicides à France Télécom: «Si, à l’avenir, on peut éviter de perdre sa vie à essayer de la gagner»

JUSTICE C’est pour « harcèlement moral » que le parquet souhaite que France Télécom et sept de ses anciens dirigeants soient désormais jugés…

V.V.

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L'avocat Jean-Paul Teissonnière défend les ayant-droits des salariés de France Télécom qui se sont suicidés.
L'avocat Jean-Paul Teissonnière défend les ayant-droits des salariés de France Télécom qui se sont suicidés. — THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Christian Pigeon a un peu de mal à montrer sa satisfaction. Ce jeudi matin, le secrétaire fédéral du syndicat Sud chez Orange (ex-France Télécom) a d’abord pensé « à tous les disparus » quand il a écouté les informations à la radio. Selon lui, c’est d’abord à eux que le parquet de Paris a « rendu hommage » en demandant que France Télécom et son ancien patron Didier Lombard soient jugés pour « harcèlement moral » après la vague de suicides qui a frappé l’entreprise entre 2006 et 2009.

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Il ne s’agit pour le moment que des réquisitions du parquet. Il faut encore que le juge d’instruction se prononce en rendant une ordonnance de renvoi dans les prochaines semaines. Jean-Paul Teissonnière est déjà persuadé que le juge sera sur la même ligne que le parquet. «  Le dossier démontre qu’il y a eu une volonté délibérée de la direction de mettre son personnel en difficulté pour qu’il quitte l’entreprise », assure l’avocat de plusieurs ayants droit de victimes.

Peu importe la peine au final

C’est donc pour « harcèlement moral » que le parquet souhaite que l’entreprise et sept de ses anciens dirigeants soient désormais jugés, plus de sept ans après les faits. « Nous aurions souhaité qu’ils le soient pour ‘’homicides involontaires’’ et ‘’mise en danger de la vie d’autrui’’ mais c’est déjà pas mal », commente encore Christian Pigeon.

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Et peu importe finalement la peine à laquelle les anciens dirigeants pourraient être condamnés. « Rien que ça, c’est déjà la reconnaissance de tout ce que les salariés ont subi », poursuit le responsable syndical.

Un signal pour les grandes entreprises ?

Un moyen aussi d’éviter que ce genre de dérives ne se reproduise ? « Bien sûr, analyse Jean-Paul Teissonnière. France Télécom a voulu faire partir 22.000 salariés dans un délai très bref. Certains ont en effet quitté l’entreprise. Mais d’autres n’ont pas supporté et se sont suicidés. Cela ne doit plus se produire à l’avenir. »

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Christian Pigeon aussi estime que ce procès peut faire évoluer les mentalités des dirigeants des grandes entreprises. « C’est un signal surtout en pleine contestation de la loi Travail, indique-t-il. Si, à l’avenir, on peut éviter de perdre sa vie à essayer de la gagner, tout cela n’aura pas servi à rien. »