Prison: «Il n’existe pas de pilule miracle pour sortir tous les détenus du radicalisme islamiste»

ENTRETIEN Président de l’Association française des victimes de terrorisme (AFVT), Guillaume Denoix de Saint-Marc revient sur l’expérience qu’il mène auprès des détenus radicalisés…

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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Maison d'arrêt d'Osny (Val d'Oise), le 6 février 2005. Des détenus prient dans une salle muticonfessionnelle de la prison d'Osny.
Maison d'arrêt d'Osny (Val d'Oise), le 6 février 2005. Des détenus prient dans une salle muticonfessionnelle de la prison d'Osny. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Ils seraient environ 1.500 sur les 66.000 détenus que comptent les prisons françaises. Les prisonniers radicalisés causent bien des soucis aux autorités qui cherchent encore le meilleur moyen de les prendre en charge dans un contexte de menace terroriste constant.

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Expérimentées depuis plus d’un an,les unités dédiées où certains de ces détenus sont regroupés sont la cible des critiques d’Adeline Hazan. La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) qui a publié un rapport, ce mercredi, sur ce sujet y dénonce notamment une prise en charge « balbutiante » et des systèmes d’organisation « disparates » d’une prison à l’autre.

Président de l’Association française des victimes de terrorisme, Guillaume Denoix de Saint-Marc intervient, depuis plusieurs mois, auprès de ces détenus particuliers. Juste après la publication du rapport, il a accepté de dresser un premier bilan de son action pour 20 Minutes

Guillaume Denoix de Saint-Marc
Guillaume Denoix de Saint-Marc - Patrick Hertzog AFP

Le rapport d’Adeline Hazan critique les unités dédiées. A sa lecture, on a l’impression que les autorités tâtonnent sur ce sujet ?

C’est normal que l’on tâtonne. Nous sommes confrontés à un phénomène inédit que nous ne connaissions pas il y a quelques années. Et puis, nous sommes sur une approche pluridisciplinaire pour chaque détenu. C’est vraiment du cas par cas. C’est donc normal que nous n’ayons pas de résultat uniforme.

Votre association intervient auprès de ce public. Comment cela se passe-t-il ?

Nous sommes intervenus auprès de deux groupes de détenus dans les prisons de Fleury-Merogis (Essonne) et d’Osny (Val-d’Oise). Notre idée a été de les confronter à des intervenants très différents. Ils ont eu, en face d’eux, des théologiens, des sociologues, des experts en géopolitique mais aussi des victimes de terrorisme. Des gens célèbres comme Michel Wieviorka ou de simples anonymes.

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Quel était le but de ces rencontres ?

Le but, c’est de créer de l’échange pour qu’ils revoient leur façon de penser. Pour certains les choses ont bougé. Pour d’autres, c’est plus difficile. Certains détenus radicalisés ont verbalisé une forme de prise de conscience, parfois discrète. D’autres ont tenté de dissimuler en feintant d’adhérer à notre discours. Mais nous nous en sommes rendu compte. Soit parce qu’ils ont fini par avouer qu’ils ne cautionnaient pas notre discours. Soit parce que les services de renseignement pénitentiaire s’en sont aperçus.

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Quel est le discours qui fonctionne le plus ?

Nous sommes dans la persuasion. Il faut convaincre ces personnes qu’ils ne sont pas sur le bon chemin. En ce sens, les rencontres avec les victimes de terrorisme ont été marquantes. Ça les a beaucoup troublés. Notamment parce que les victimes de terrorisme se sont présentées, face à eux, sans haine, avec beaucoup d’humanité.

Il y a aussi des détenus « irrécupérables » ?

Bien sûr. Il est quasi impossible de ramener ceux qui sont totalement ancrés dans leur discours. Nous agissons essentiellement auprès de ceux qui sont entre deux eaux. Mais il n’y a pas de pilule miracle pour sortir tous les détenus du radicalisme. Nous sommes sur un processus long, fastidieux, sans garantie de résultat mais totalement indispensable. Car un jour ou l’autre, ils seront libérés. Si on n’agit pas maintenant, on perd du temps pour les faire changer et surtout on prend des risques pour notre futur…