Radicalisation: Un rapport critique les regroupements d'islamistes en prison

TERRORISME Cette expérimentation a été initiée dans la foulée des attentats de janvier 2015 à Paris...

20 Minutes avec AFP
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Prison de Fleury-Mérogis  (Illustration)
Prison de Fleury-Mérogis (Illustration) — ERIC FEFERBERG / AFP

Un bilan très critique des premiers regroupements d'islamistes en prison pour tenter de prévenir la radicalisation. Après un premier rapport, il y a un an, qui jugeait défavorablement le projet gouvernemental de regroupement des détenus islamistes dans cinq quartiers dédiés, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, a voulu passer au crible les premiers mois de cette expérimentation initiée dans la foulée des attentats de janvier 2015 à Paris. Elle dénonce dans son rapport publié mercredi une organisation et une prise en charge «disparates» et balbutiantes, et des réponses «insatisfaisantes» à «un phénomène sans précédent».

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Trois contrôleurs se sont rendus ces derniers mois, entre février et mai, dans les quatre établissements concernés - Fresnes (Val-de-Marne), Lille-Annoeullin (Nord), Osny (Val-d'Oise) et Fleury-Mérogis (Essonne) - où ils ont rencontré la quasi-totalité des 64 détenus présents (117 places disponibles) et des personnes chargées de leur prise en charge et surveillance.

«L'extension de ce modèle expérimental» n'est «pas réaliste»

Adeline Hazan a estimé nécessaire d'établir au plus tôt cette analyse, le nombre de détenus concernés ne cessant de croitre et l'administration pénitentiaire envisageant de «dupliquer le système dans l'ensemble du pays». Dans ses conclusions, la contrôleure ne juge «pas réaliste (...) l'extension de ce modèle expérimental» dans le contexte «d'une surpopulation carcérale structurelle».

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Profil des détenus, organisation des unités, sécurité, exercice du culte mais aussi mise en oeuvre des programmes de déradicalisation, tout est détaillé dans le rapport de 57 pages transmis à la Chancellerie. «Le ministère de la Justice se trouve aujourd'hui confronté à un phénomène dont il n'avait mesuré ni la nature ni l'ampleur», écrit la CGLPL en évoquant des mesures mises en place «dans l'urgence».

«Effets pervers du regroupement»

«La modicité des structures (...) ne paraît pas correspondre (...) au changement d'échelle» du phénomène au regard de la «hausse spectaculaire» du nombre des personnes impliqués dans des filières djihadistes syro-irakiennnes et des informations judiciaires ouvertes pour des faits de terrorisme, constatent les auteurs du rapport. 

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Adeline Hazan constate que l'argument initial de la lutte contre le prosélytisme en prison n'est plus mis en avant, au profit de la simple volonté d'organiser «une prise en charge adaptée des détenus radicalisés». Certains magistrats «continuent à s'inquiéter des effets pervers du regroupement qui permettrait de nouer des solidarités, de reconstituer des réseaux et laisserait toute latitude aux plus forts pour faire pression sur les plus vulnérables». 

«Une forme de «pré-jugement» des détenus

Dans les unités, les détenus bénéficient tous d'un encellulement individuel. Mais, pour le reste, les conditions de détention s'avèrent «disparates», soulignent les auteurs du rapport, et «l'étanchéité entre les quartiers d'un même établissement apparait comme un voeu pieux». Les avocats s'inquiètent, eux, d'une forme de «pré-jugement» que constitue le placement de prévenus dans ces unités.

Quant aux programmes de lutte contre la radicalisation, leur mise en place s'avère difficile et pose des questions déontologiques, selon le rapporteurs. Ainsi, si à Osny les binômes (éducateur et psychologue) jugent leurs entretiens avec les détenus strictement confidentiels, ceux de Lille sont directement rattachés à la cellule du renseignement pénitentiaire.

Le regroupement n'est pas «une fin en soi. On a défini un contenant mais pour quel contenu?», s'interroge un directeur d'établissement. Conscients de «défricher un monde complexe», des responsables d'établissement ont insisté sur le temps nécessaire à la mise au point de «ce qui pourrait être un modèle français». «Le pire, disent-ils, c'est que nous soyons jugés trop tôt.»