Rhett Butler et Scarlette O'Hara s'embrassent goulûment dans le film "Autant en emporte le vent", sorti en 1939. Lancer le diaporama
Rhett Butler et Scarlette O'Hara s'embrassent goulûment dans le film "Autant en emporte le vent", sorti en 1939. — Photo extraite du film

SOCIETE

French kiss, baiser olfactif... Polymorphe, le baiser est loin d’être universel

Alors que la journée internationale du baiser se déroule mercredi, «20 Minutes» fait le point sur un geste symbolique dont la pratique varie selon les cultures…

La pelle, la galoche et le patin sont à la fête. Ce mercredi, journée internationale du baiser, tout est permis : le french kiss avec la langue, le smack affectueux, le bisou d’esquimau avec le nez ou la bise sur le front. Signe d’affection, préliminaire amoureux ou politesse, le bisou est polymorphe mais loin d’être universel. « On a tendance à penser que tous les gens qui s’aiment s’embrassent sur la bouche, mais il y a en fait une histoire et une géographie du baiser assez précise », explique Alexandre Lacroix, auteur de Contribution à la théorie du baiser (éd. J’ai lu).

Le baiser tel que nous le pratiquons aujourd’hui dans les sociétés indo-européennes est un héritage de l’Empire romain. « Les Romains ont codifié trois types de baisers : le basium, baiser qu’on échangeait entre parents en signe d’appartenance à la même famille, l’osculum qui marquait le respect entre membres d’un même corps social, et le suavium qui est le baiser des amants », énumère Alexandre Lacroix. Le « basium » est resté dans nos mœurs : si l’on s’embrasse publiquement à la mairie lors d’un mariage, c’est pour marquer l’entrée dans la famille. L’« osculum » a perduré dans le monde orthodoxe et les dirigeants de l’ex-URSS qui s’embrassaient sur la bouche en sont les héritiers.

Cinquante nuances de baisers

Le plus sexy des baisers, le « suavium », perdure après la chute de l’Empire romain et va connaître un avenir florissant. Pratiqué entre amants dans les pays européens et méditerranéens, il va connaître un retour en vogue avec le cinéma hollywoodien qui, dans les années 1950-60, l’utilisera pour indiquer pudiquement aux spectateurs que les protagonistes vont passer aux choses sérieuses… « Le baiser n’est devenu mondial qu’avec le cinéma d’Hollywood mais il y a encore des régions du monde où il n’a pas pénétré », précise Alexandre Lacroix.

Rhett Butler et Scarlette O'Hara s'embrassent goulûment dans le film
Rhett Butler et Scarlette O'Hara s'embrassent goulûment dans le film - Photo extraite du film

 

Ainsi, en Afrique noire sub-saharienne, point de baiser sur la bouche. Le caractère antihygiénique de l’affaire y est sans doute pour quelque chose : n’oublions pas qu’un « french kiss », c’est plus de 50 millions de bactéries échangées. En Laponie et dans le Grand Nord, on pratique plutôt le baiser olfactif, qui consiste à respirer profondément l’odeur de l’autre personne. En Asie, le baiser reste réservé à la chambre à coucher : « C’est un préliminaire très privé, comme peut l’être une fellation, explique Alexandre Lacroix. C’est pour cela qu’il est encore interdit de s’embrasser dans la rue en Inde, par exemple. »

La France, championne du monde ?

La France peut-elle s’arroger le titre de championne du monde du baiser ? Le « baiser français » aurait été baptisé ainsi par un chercheur néerlandais, Theodor Van de Veld, en 1926. Il aurait observé un couple de bretons, les bienheureux Monsieur et Madame Maraichin, qui passaient « des heures à mutuellement explorer et caresser la cavité intérieure de la bouche de l’autre, en y plongeant la langue le plus profondément possible ». Aujourd’hui largement mondialisé, le « french kiss » fait simplement référence à la réputation sensuelle et sulfureuse des Français. Et peut-être à une forme de revendication sociale bien française : « Le baiser en public est politique : c’est une proclamation d’égalité, une marque de reconnaissance, la manifestation d’un lien », estime Alexandre Lacroix.

Echange d’informations immunitaires, héritage des mères primitives qui mâchaient les aliments avant de les mettre dans la bouche de leurs petits, le baiser a bien sûr des origines biologiques. Mais celui que nous pratiquons aujourd’hui est bien un acquis culturel, assure Alexandre Lacroix : « On est bien plus programmé biologiquement pour faire l’amour que pour s’embrasser. On n’a pas besoin du baiser pour perpétuer l’espèce. Embrasser est donc un geste éminemment culturel, psychologique, lié à des sentiments, très volontaire. » Au croisement du sacré, du politique, du social et de la sensualité, le baiser est un geste bien plus profond qu’il n’y paraît.