Soldats radicalisés: «L'armée tente de définir s'il s'agit d'une radicalisation ou d'un refus d'obéir»

INTERVIEW Un rapport parlementaire fait état d’une cinquantaine de dossiers de radicalisation au sein de l’armée française…

Florence Floux

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Des militaires français patrouillent à l'aérport de Nice le 22 mars 2016
Des militaires français patrouillent à l'aérport de Nice le 22 mars 2016 — VALERY HACHE AFP

C’est la grande peur de tous les services de sécurité et de défense : se faire infiltrer. Dans un rapport parlementaire rendu la semaine dernière et publié ce vendredi, des éléments concernant d’éventuels soldats radicalisés au sein des militaires français filtrent. Le sujet est brûlant, en contexte de plan Vigipirate alerte attentat et d’état d’urgence, avec des forces de l’opération Sentinelle qui patrouillent partout en France. D’autant qu’en janvier 2015, David Thomson, journaliste de RFI, révélait qu’une dizaine d’anciens militaires français se trouvaient en Syrie pour faire le djihad.

Le rapporteur du texte, le député du Var Olivier Audibert-Troin, éclaire la lanterne de 20 Minutes sur les signalements pour radicalisation dans l’armée.

Dans ce rapport, il est question d’une cinquantaine de militaires radicalisés ?

Comme dans toutes les administrations et ailleurs, vous pouvez faire face dans l’armée à des personnes en train de glisser vers un islam extrêmement radical. L’armée, qui est très vigilante sur le sujet, surveille d’éventuelles dérives. C’est dans ce cadre qu’une cinquantaine de dossiers de radicalisation font l’objet d’un suivi. Ce qui n’est pas énorme, lorsqu’on sait que la France compte 270.000 soldats.

Qui s’occupe du suivi des dossiers au sein de l’armée ?

C’est la Direction pour la sécurité et la protection de la Défense (DPSD) qui s’en occupe. La DPSD existe depuis longtemps, c’est elle qui se charge notamment de procéder à un contrôle élémentaire lors des recrutements, pour écarter les candidats qui ne paraissent pas convenir aux attentes de l’armée. Elle est également là pour vérifier que les militaires ne sont pas vendus à des puissances étrangères, par exemple. Dans ce cadre, elle prend également en charge les signalements pour radicalisation.

Comment procède-t-elle ?

Son but est d’intervenir en amont, avant que les individus soient réellement radicalisés, car il ne s’agit pas de de faire de la déradicalisation. La DPSD recueille des renseignements sur ces militaires lorsqu’on leur signale un changement de comportement par exemple, ou de tenue vestimentaire, afin de définir s’il s’agit d’une radicalisation dangereuse, ou uniquement d’un refus d’obéir aux ordres, qui peut avoir différents motifs. Dans tous les cas, le but est d’abord de tendre la main au soldat qui est en train de perdre pied avant qu’il ne soit trop tard.