Malgré l'interdiction, les conducteurs continuent à téléphoner au volant

SECURITE ROUTIERE Depuis un an, il est pourtant interdit de conduire en ayant le téléphone à la main ou d’avoir tout appareil fixé dans ou à l’oreille (de type kit mains libre, casque ou oreillettes)…

Delphine Bancaud
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Usage du téléphone au volant (illustration)
Usage du téléphone au volant (illustration) — S. Pouzet/SIPA

Jamais sans mon portable, même au volant. Une nouvelle étude montre qu’une partie des conducteurs ne respectent toujours pas la réglementation en vigueur concernant l’usage du téléphone au volant. Selon l’Observatoire Sanef des comportements sur autoroute dévoilé ce jeudi, sur 1.000 conducteurs observés dans la circulation en mars 2016 sur l’ autoroute A 13, 54 personnes avaient leur téléphone en mains. Soit 4,9 % des conducteurs contre 3,7 % en 2015. « Ce résultat est un minimum. L’observation en immersion dans le trafic ne permet pas de prendre en compte les utilisations du téléphone tenu en main en position basse, sur les genoux par exemple, et l’envoi de SMS ou de mail », précise Pascal Contremoulins, responsable de la sécurité routière du groupe Sanef.

Infographie sur le téléphone au volant de l'Observatoire Sanef.
Infographie sur le téléphone au volant de l'Observatoire Sanef. - Sanef

En avril dernier, le baromètre d’Axa Prévention avait également montré que 30 % des conducteurs téléphonaient au volant. Et dans une étude de l’Association professionnelle des sociétés françaises d’autoroutes et d’ouvrages routiers (ASFA) de 2014, plus de la moitié des conducteurs déclaraient utiliser leur téléphone en conduisant aussi bien pour appeler, que pour lire ou répondre à des SMS et/ou à des mails.

Le défi des nouvelles règles

Un ensemble de données qui montrent que l’usage du téléphone au volant reste monnaie courante, malgré l’interdiction depuis le 1er juillet 2015 pour les automobilistes de conduire en téléphonant, même avec un kit mains libre, un casque ou des oreillettes. Seuls les appels passés via un dispositif Bluetooth intégré au véhicule sont autorisés. Et si le conducteur est pris sur le fait, il écope d’un retrait de 3 points sur son permis et de 135 euros d’amende.

Une sanction qui ne semble donc pas dissuasive pour tous les conducteurs. « Cela prend souvent du temps pour qu’une règle soit assimilée. Il a fallu par exemple 40 ans pour que l’on arrive à un taux de 99 % concernant le port de la ceinture », explique Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière.

Les risques ignorés

La France n’est pas une exception concernant l’usage fréquent du téléphone sur la route : « Cela fait partie des addictions mondiales, les gens ne peuvent pas se passer de leur téléphone », constate Emmanuel Barbe. Les jeunes sont en première ligne selon Pascal Contremoulins : « Les moins de 35 ans sont les plus accros à leur portable et ils sont aussi ceux qui conduisent le plus », souligne le responsable de la sécurité routière du groupe Sanef.

Et sur l’autoroute, le sentiment d’impunité semble plus grand pour certains : « En ville, la probabilité de croiser des forces de l’ordre incite les conducteurs à lâcher leur portable. Mais sur le réseau routier, ils ont l’impression qu’ils ne seront pas pris alors que des policiers font fréquemment des contrôles à l’aide de jumelles », explique Pascal Contremoulins.

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Les conducteurs semblent aussi minimiser les risques qu’ils prennent en utilisant leur portable et ceux qu’ils font prendre aux autres. Sachant que selon la Sécurité routière, 1 accident sur 10 est dû à ce comportement et que selon l’Observatoire de la Sanef, l’inattention est responsable de 16 %des accidents mortels en 2015. « Et le phénomène est sous estimé car pour les policiers, il est parfois difficile de prouver qu’un accident est dû à l’utilisation du téléphone portable », explique Emmanuel Barbe.

La prévention toujours active

L’usage du téléphone au volant semble aussi particulièrement inquiétant chez les professionnels. Huit sur dix avaient indiqué téléphoner au volant selon l’étude de l’ASFA « Ils considèrent leur voiture comme un deuxième bureau », commente Pacal Coutremoulins. Un phénomène que commencent à prendre en compte certaines entreprises en mettant en œuvre un droit de déconnexion pour leurs salariés ou en s’équipant d’une flotte de véhicules disposant d’un dispositif Bluetooth intégré.

La Sécurité routière poursuit elle aussi son travail de sensibilisation, avec des campagnes chocs sur le sujet comme celle de 2014.

« En avril 2015, nous avons aussi lancé l’application "Mode conduite" pour limiter l’utilisation des téléphones au volant. Elle permet de bloquer la réception d’appels et de SMS lorsqu’on conduit. Le dispositif répond automatiquement aux interlocuteurs via l’envoi de message », rappelle Emmanuel Barbe.

Mais selon le Conseil de l’Europe, il faudrait aller plus loin. Il a appelé en début de semaine les pays européens à interdire totalement l’usage du téléphone au volant. De quoi acter définitivement l’incompatibilité des deux activités.