Pourquoi l'alcool et la drogue sont responsables d'un accident mortel sur quatre sur l'autoroute

SECURITE ROUTIERE Selon l’Observatoire Sanef des comportements sur autoroute dévoilé ce jeudi...

Delphine Bancaud
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Un accident de la route survenu sur l’autoroute A14, le 25 avril 2016.,
Un accident de la route survenu sur l’autoroute A14, le 25 avril 2016., — ERIC FEFERBERG / AFP

Malgré les campagnes de sensibilisation, rien n’y fait. L’alcool et/ou la drogue sont responsables de plus d’un accident sur quatre sur les autoroutes du groupe Sanef (Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France), selon l’Observatoire Sanef des comportements sur autoroute.

Un fait d’autant plus inquiétant que le phénomène progresse : l’alcool et/ou la drogue sont impliqués dans 26 % des accidents mortels en 2015 contre 24 % en 2014.

Une tendance corroborée par lebilan de l’accidentalité de la Sécurité routière en 2015, qui montrait que la part des accidents mortels en présence du facteur alcool (sur tous les types de route) est passée de 28 % en 2014 à 30 % en 2015. Et chez les 18-24 ans, l’alcool est même la première cause de mortalité sur la route. Quant à la part des accidents mortels en présence de stupéfiants, elle est passée 23 % en 2014 à 25 %. Autre constat : la moitié des conducteurs impliqués dans un accident mortel sous l’emprise de stupéfiants présentait également un taux d’alcool illégal.

Sentiment d’impunité

Les Français sous-estiment les risques qu’ils prennent en conduisant sous l’effet de ces psychotropes, comme le souligne Pascal Contremoulins, responsable de la sécurité routière du groupe Sanef : « La consommation d’alcool multiplie les risques d’accidents, car non seulement elle modifie la perception de la conduite, mais elle entraîne souvent d’autres comportements dangereux (vitesse excessive, dépassement dangereux, non-respect des distances de sécurité…) ».

Cette inconscience d’une partie des conducteurs s’accompagne aussi d’un sentiment d’impunité lorsqu’ils roulent sur autoroutes : « Certains pensent qu’il n’y a pas de contrôle d’alcoolémie ou de consommation de stupéfiants sur l’autoroute. Alors qu’il y en a aux barrières de péages. Certains préfèrent même emprunter l’autoroute que le réseau secondaire lorsqu’ils ont consommé des substances psychoactives, parce qu’ils pensent qu’ils risquent moins d’être pris la main dans le sac », estime Pascal Contremoulins. Le 15 juin dernier, la Cour des Comptes a d’ailleurs reproché à l’État français de pratiquer trop peu de contrôles routiers du taux de l’alcoolémie. Elle l’a invité à « accroître la probabilité des contrôles et des sanctions immédiates en ayant recours à un seul appareil portatif homologué de mesure de l’alcoolémie contraventionnelle et délictuelle, en augmentant le montant des amendes forfaitaires et en appliquant un régime de contraventions immédiates jusqu’à une alcoolémie de 1,2 gramme par litre de sang. »

La peur du gendarme n’est pas toujours dissuasive

« On n’a pas diminué les contrôles en 2015 et le nombre de retrait de permis a été important », affirme Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière. Et le gouvernement a annoncé cette année des mesures visant à renforcer les contrôles des conduites sous l’emprise de stupéfiants et d’alcool. Depuis le 1er juillet 2015, le taux légal d’alcoolémie pour les conducteurs novices est aussi passé de 0, 5 g à 0,2g par litre de sang. Le délégué interministériel à la sécurité routière constate par ailleurs, que même lorsque les contrôles sur ce point sont annoncés en amont, ils ne dissuadent pas toujours les conducteurs de consommer des psychotropes : «  En mai, à Nîmes, 90 conducteurs sur près de 1.800 dépistages ont été contrôlés en état d’ivresse. Et ce alors que nous avions annoncé un dispositif de surveillance imposant », souligne Emmanuel Barbe. Preuve que la peur du gendarme n’est pas toujours dissuasive.

Les efforts de prévention semblent donc plus que jamais importants. Pour la première fois cette année, Sanef a donc réalisé une campagne de sensibilisation sur les substances psychoactives en condition de conduite, qui restera en place tout l’été, aussi bien sur les ondes que sur les affiches placées le long des autoroutes. La sécurité routière communique aussi régulièrement sur le sujet, notamment via les réseaux sociaux. Cela suffira-t-il ?