La France a placé 48.000 étrangers dans des centres de rétention administrative en 2015

IMMIGRATION Les associations intervenant dans les centres de rétention rendent leur rapport annuel, ce mardi matin…

V.V.

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Dans la cour du centre de rétention administrative de Marseille.
Dans la cour du centre de rétention administrative de Marseille. — Anne-Christine Poujoulat AFP

Pierre Henry a un peu de lassitude dans la voix. Sans doute à force de répéter les mêmes choses, années après année. Avec d’autres associations, le directeur général de France terre d’asile doit présenter, ce mardi matin, le rapport annuel de la rétention administrative en France en 2015.

La guerre en Syrie et les autres conflits ont entraîné des millions de personnes sur les routes. Et la France n’a pas été épargnée. S’il ne figure pas sur la route migratoire principale, l’Hexagone connaît les effets du désordre international. Pierre Henry analyse pour 20 Minutes les principaux chiffres à retenir sur le sujet…

  • 47.565 personnes placées en rétention administrative

Le centre de rétention administrative du Canet à Marseille le 5 décembre 2006
Le centre de rétention administrative du Canet à Marseille le 5 décembre 2006 - Boris Horvat AFP

Le chiffre est stable depuis cinq ans. Ce qui fait dire à Pierre Henry que nous sommes dans une « banalisation de la rétention de liberté ». Sur les 47.565 personnes en situation irrégulière placées dans les locaux ou centres de rétention (LRA/CRA), seules 11.449 ont été éloignées de France. « Cela signifie que les trois quarts des personnes ont été retenues pour rien de façon illégale, abusive et surtout inutile avant d’être relâchées », poursuit le directeur général de France terre d’asile.

  • 1.100 personnes interpellées à Calais en dix mois

Des migrants discutent à l'extérieur de leurs tentes dans la Jungle de Calais, le 30 mars 2016
Des migrants discutent à l'extérieur de leurs tentes dans la Jungle de Calais, le 30 mars 2016 - PHILIPPE HUGUEN AFP

La pression migratoire a été très forte en 2015 sur le Calaisis et les médias s’en sont largement fait l’écho. « Pour la faire baisser, les autorités n’ont rien de trouvé de mieux que d’arrêter des migrants, de les éloigner dans d’autres régions avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas expulsables », déplore Pierre Henry.

>> Les autorités veulent envoyer les migrants à la campagne pour désengorger Calais...

En dix mois, 1.100 personnes ont été arrêtées dans le secteur avant d’être disséminées dans des centres de Metz à Marseille et de Rouen à Toulouse. « 95 % d’entre elles ont été relâchées quelques jours plus tard, poursuit le directeur général de France terre d’asile. Résultat, ils ont repris la route pour Calais et le problème n’a pas été résolu. »

  • 4.378 enfants enfermés à Mayotte, 105 en métropole

Des enfants au centre de rétention de Mayotte
Des enfants au centre de rétention de Mayotte - Frank Perry afp.com

« Mayotte, c’est loin. Mais c’est la France… », rappelle Pierre Henry. Une façon pour lui de demander à l’opinion publique de s’intéresser à ce bout de terre coincé entre Madagascar et le Mozambique. Attirés par de meilleures conditions de vie, 4.378 enfants – originaires des Comores pour l’essentiel – ont été placées dans des centres de rétention à Mayotte en 2015. « Beaucoup étaient rattachés illégalement à un adulte n’ayant aucune autorité parentale sur eux », précise le rapport. «  Nous avons ici tous les éléments d’une situation qui peut devenir explosive », poursuit Pierre Henry.

>> Analyse : Les raisons de la colère à Mayotte

En métropole, 105 enfants ont été placés en rétention en 2015 contre 45 en 2014. Il faut rappeler qu’il s’agit pour l’essentiel de familles retenues administrativement avant leur éloignement. Impossible pour les autorités de séparer une famille qui a été frappée par une mesure d’expulsion.