Affaire Kerviel: L'ex-magistrate enregistrée à son insu porte plainte

JUSTICE Cette plainte vise notamment l’ancienne policière de la Brigade financière Nathalie Le Roy, qui a réalisé cet enregistrement...

C. A. avec AFP

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Illustration de la justice.
Illustration de la justice. — Josef Horazny/

L’ex-magistrate Chantal de Leiris, dont la défense de l’ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel a produit un enregistrement clandestin dans le cadre de son combat judiciaire contre la banque, a porté plainte cette semaine, a appris vendredi l’AFP de sources concordantes.

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Une information judiciaire ouverte

Cette plainte vise l’ancienne policière de la Brigade financière Nathalie Le Roy, qui a réalisé cet enregistrement.

Elle vise également l’ancien trader et son avocat, Me David Koubbi, pour recel, a précisé une source proche du dossier. Elle a donné lieu à l’ouverture jeudi d’une information judiciaire contre X, selon des sources proches du dossier.

Cette procédure ouverte dans les termes de la plainte, à savoir l’atteinte à la vie privée « en captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel », devrait selon toute vraisemblance faire l’objet d’un dépaysement, afin que l’affaire ne soit pas instruite à Paris, où la magistrate était en poste, selon ces mêmes sources.

« Un système judiciaire qui se fonderait sur des enregistrements clandestins faits par des policiers au préjudice de magistrats deviendrait un système judiciaire fou », a déclaré à l’AFP l’avocat de Chantal de Leiris, Me Olivier Baratelli, « ce type de procédés est inadmissible ».

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La Société Générale « savait »

Sur cette bande sonore de quarante minutes, publiée mi-janvier par 20 Minutes et Médiapart, l’ex-magistrate déclare que l’enquête sur Jérôme Kerviel a été « manipulée » par la Société générale et, surtout, que la banque « savait » au sujet des agissements de son ancien trader, condamné définitivement, en mars 2014, pour « abus de confiance ».

Des extraits sélectionnés par la défense de Jérôme Kerviel ont été diffusés la semaine dernière au procès de l’ex-trader à Versailles, portant sur les 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts réclamés par la banque. Ils l’avaient auparavant été dans la presse.

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On y entend la magistrate désormais retraitée, mais réserviste, évoquer l’affaire Kerviel avec Nathalie Le Roy, pointant du doigt des dysfonctionnements : « Vous étiez entièrement manipulée par la Société Générale », « quand on voit que les scellés n’ont jamais été exploités ». En face, Nathalie Le Roy abonde dans ce sens : « On ne savait pas où aller. On a été dirigés, en fait ».

L’ex-magistrate va plus loin : « Dans cette affaire, y’avait des choses qui sont pas normales. Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance, ils rigolent, sachant très bien que c’est évident que la Société Générale savait ».

Après la publication d'extraits dans la presse, l’ancienne vice-procureure au parquet de Paris, avait alors « considéré être victime d’une manipulation pour avoir été enregistrée à mon insu, de manière préméditée et déloyale ». « Je me réserve le droit d’exercer toutes les voies d’action pour réparer cette atteinte », avait-elle prévenu dans le journal Le Monde.