VIDEO. Loi Travail: A Paris, des manifestants sous haute-surveillance partagés entre colère et soulagement

REPORTAGE Au lendemain du revirement gouvernemental, les manifestants qui ont défilé autour du bassin de l’Arsenal ce jeudi à Paris ne cachaient pas leur exaspération…

Hélène Sergent
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Les forces de l'ordre fouillent les manifestants avant de les laisser accéder à la place de la Bastille à Paris, le 23 juin 2016.
Les forces de l'ordre fouillent les manifestants avant de les laisser accéder à la place de la Bastille à Paris, le 23 juin 2016. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Une fois la porte métallique de la sortie du métro franchie, on distingue déjà les premiers uniformes bleus des policiers. « Ouvrez vos sacs Messieurs, dames ! », intime l’un des fonctionnaires. Jamais, depuis le début de la contestation contre la loi Travail, un tel dispositif sécuritaire avait été mis en place à Paris. Après des violences récurrentes en marge des cortèges, notamment le 14 juin dernier, la nouvelle manifestation de ce jeudi est passée à deux doigts de l’interdiction préfectorale.

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un invraisemblable imbroglio gouvernemental
orités et syndicats se sont finalement mis d’accord sur un parcours de 1,6 kilomètre reliant Bastille à Bastille et tournant autour du bassin de l’Arsenal, situé à la frontière des 4e et 12e arrondissements. Et la préfecture de police a annoncé dès mercredi des mesures de sécurité exceptionnelles : fouille des sacs, confiscation de foulards, écharpes, masques, casques ou même lunettes de piscine.

« C’est une zone quasi militarisée »

Résultat ce jeudi : plus les manifestants sont éloignés des points d’accès de la place de la Bastille, plus les contrôles se multiplient. Louis, sorti au métro Richard-Lenoir, témoigne : « J’ai voulu passer le cordon de police, mon sac a été arraché par un membre des forces de l’ordre ! J’ai demandé son numéro de matricule, il a refusé de me le donner. Plusieurs de ses collègues sont venus m’encercler pour m’intimider et des insultes ont commencé à fuser. J’ai réitéré ma demande quant au matricule du fonctionnaire qui m’a arraché mon sac et qui m’a bousculé lors d’un second contrôle, les policiers se sont montrés une nouvelle fois agressifs, ils cautionnaient ».


Une fois ces contrôles effectués, les manifestants peuvent finalement accéder à la place. Posté le long d’une barrière antiémeute, Camille*, syndiqué FO (Force Ouvrière), tient une pancarte explicite « Ce n’est pas une manif, c’est un zoo !! »: « Certains manifestants m’ont dit qu’ils ne la trouvaient pas respectueuse. Je leur ai répondu de demander aux centrales syndicales et au gouvernement si c’était respectueux de nous faire manifester dans ces conditions, ça ressemble à une zone quasi militarisée ! ».


« Une petite victoire »

Au sein des cortèges, les sentiments sont partagés. Richard, 41 ans, salarié dans le secteur de l’aéronautique et syndiqué à la CGT, confie : « La forme de cette manifestation ne nous satisfait pas, évidemment. Mais un compromis a été trouvé et pouvoir marcher, exercer notre droit constitutionnel, c’est déjà une petite victoire. C’est peut-être ridicule, mais pour moi c’est le signe d’un premier recul du gouvernement ». A l’origine,les syndicats avaient déposé, auprès de la préfecture, un trajet reliant la place de la Bastille à la place de la Nation. Refusé catégoriquement par le gouvernement, ce dernier a proposé aux manifestants de tourner autour du bassin de l’Arsenal. Une « humiliation » pour Camille*, 43 ans : « C’est scandaleux, les syndicats n’ont pas à demander l’autorisation de défiler, c’est une vraie défaite pour ce mouvement t ».

D’autres, comme Jean, fonctionnaire à la retraite, originaire du Lot-et-Garonne, voit en cette manifestation « imposée » par les autorités, un signe de faiblesse : « Ça dénote tout de même un état de siège, un affolement du côté du gouvernement. Le préfet a été utilisé pour prendre la température côté syndicats. Mais bon, le fait de pouvoir marcher pour nous, c’est quand même symbolique ».


Essentiellement positionnées au niveau des barrages filtrant autour de la place de la Bastille, les forces de l’ordre sont restées peu visibles le long du parcours. Une faible présence policière qui s’est accompagnée d’un calme et d’une ambiance relativement bon enfant, aux antipodes de l’atmosphère tendue des dernières manifestations. Un signe pour Richard, que le gouvernement a instrumentalisé les violences passées : « Cela prouve bien que les syndicats et leurs militants ne sont pas responsables des heurts passés ! ».

Au total, une centaine de personnes ont été interpellées à Paris, notamment pour détention d’objets pouvant servir de projectiles, a déclaré la préfecture de police de Paris.

* Les prénoms ont été modifiés