«L’outsider»: On a comparé le film sur Kerviel avec la réalité de l’affaire et ça colle plutôt bien…

CINEMA Le film de Christophe Barratier sur l’ancien trader qui a failli « faire sauter la planète finance » sort, ce mercredi, au cinéma…

Vincent Vantighem

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Arthur Dupont et François-Xavier Demaison dans L'Outsider de Christophe Barratier
Arthur Dupont et François-Xavier Demaison dans L'Outsider de Christophe Barratier — Jean-Marie Leroy Galatee Films/Le Pacte

L’Engrenage. A l’origine, c’est le titre du livre de Jérôme Kerviel publié en 2010. C’est surtout ce que décrit, de façon assez admirable, Christophe Barratier dans son film, L’outsider, consacré à l’affaire et qui sort, ce mercredi dans les salles obscures.

>> Cinéma : «L’outsider», c’est «Jérôme avant Kerviel»

La Société générale n’a pas attendu sa sortie pour dénoncer un film « très éloigné de la réalité ». Suivant l’affaire Kerviel depuis l’origine, 20 Minutes a décidé d’en avoir le cœur net en se payant une place de ciné et en passant l’œuvre de Barratier au détecteur de mensonges. La preuve que c’est, au contraire, assez réaliste en cinq actes.

  • Les attentats de Londres : son premier gros coup


Ce que montre le film : 7 juillet 2005. Des cris retentissent dans la salle de marchés de la Société générale. Une bombe a explosé dans un bus à Londres faisant 56 morts. Les bourses s’effondrent. Les traders paniquent. Tous, sauf Jérôme Kerviel. Les jours précédents, il avait pris des positions à la baisse sur le titre de l’assureur Allianz. Il se met à déboucler ses positions empochant un gain de 500.000 euros.

>> Revivez en live le premier procès de Kerviel

La réalité :  Les attentats de Londres constituent effectivement le premier gros coup de Jérome Kerviel. « J’avais touché le jackpot et je jubilais », a-t-il confirmé lors du premier procès. Au bout de quelques minutes, le trader comprend qu’il s’est enrichi sur la mort des Londoniens. « Je suis parti aux toilettes vomir. » Mais quand il revient dans la salle de marchés et confie son mal-être à son chef, ce dernier le rassure lui expliquant que le 11 septembre 2001, jour des attentats aux Etats-Unis, constitue son « meilleur jour de trading ». Jérôme Kerviel reprend son travail.

  • Le séminaire WTF où les traders rejouent Zorro

Ce que montre le film : Les trois plus gros traders de la Société générale se maquillent dans une loge pour préparer une parodie de Zorro. Deux se griment en danseuses espagnoles. Le dernier en chevalier masqué qui, sur scène, lutte pour signer, à la pointe de son épée, un € qui veut dire euro devant des centaines de salariés de la Société générale en délire.

>> Une vidéo illustre la culture douteuse des traders de la Société générale

La réalité :  La Société générale a bien organisé, au moins, deux séminaires de ce genre. L’un à Djerba en 2006 où des traders ont joué des sketchs, reprenant le personnage de Brice de Nice ou même Claude François au son des paroles « Comme d’habitude, je vais te truffer. Comme d’habitude, je vais encaisser… » Les Inrockuptibles ont dévoilé les images saisissantes de ce séminaire, en mars 2016.

  • Le rythme de travail incroyable de Jérôme Kerviel

Jérôme «bourreau de travail» Kerviel dans le film «L'outsider»
Jérôme «bourreau de travail» Kerviel dans le film «L'outsider» - Copyright Jean-Marie Leroy - Galatée Films

Ce que montre le film : Un trader marche seul sur la grande dalle de la Défense. Le soleil se lève à peine et Jérôme Kerviel est le premier à pénétrer dans la salle de marchés. Bien après le coucher du soleil, il est encore le seul dans son bureau à passer des coups de fil et donne le sentiment de ne jamais s’arrêter de bosser.

>> Justice : Kerviel donne sa version de l'enquête

La réalité :  L’enquête a établi que Jérôme Kerviel n’avait pris que quatre jours de congé durant l’année 2007. Véritable bourreau de travail, il ne s’arrêtait jamais, même une fois chez lui. « J’étais dans une spirale, a-t-il confié aux enquêteurs. Les trois mois précédant la découverte [de la fraude], je n’ai quasiment pas dormi… »

  • L’ambiance de cour de récréation de la salle des marchés

Après l'effort, le réconfort. Extrait du film «L'outsider»
Après l'effort, le réconfort. Extrait du film «L'outsider» - Copyright 2015 - Jean-Marie Leroy Galatee Films

Ce que montre le film : Les traders sont tendus et aboient des ordres dans le micro qui leur sert de téléphone. Une fois le rush passé, on les voit improviser un match de football ou de basket dans la salle de marchés. Les blagues potaches fusent dans une ambiance très « mec », le responsable du service passe son temps à se gaver de bonbons et l’un des nouveaux arrivants subit un bizutage en règle en devant avaler un poisson rouge vivant sorti de son aquarium.

La réalité : Cette fois, c’est François-Xavier Demaison qui le confirme à 20 Minutes. Jouant le rôle du boss de Kerviel dans le film, il connaît surtout cette ambiance par cœur pour avoir côtoyé les traders quand il était fiscaliste dans une autre vie. « C’est un univers très couillu un peu comme une cour de récréation niveau quatrième », confirme-t-il.

  • La Société générale connaissait-elle les positions de son trader ?

Ce que montre le film : « Il est dans la merde Jérôme ? » Le film de Christophe Barratier montre que les collègues de Kerviel savaient qu’il avait pris des positions risquées. Mais, à aucun moment, il ne laisse entendre qu’ils connaissaient le montant astronomique de ces positions. Son supérieur hiérarchique est dépeint comme un homme totalement dépassé par les événements. Le service de contrôle des risques semble, lui, découvrir, la situation dramatique, au dernier moment.

>> Justice : Le parquet requiert l'annulation des 4,9 milliards de dommages et intérêts

La réalité : « La banque a commis des fautes civiles, distinctes et de nature différente des fautes pénales de Jérôme Kerviel. » Ainsi s’est exprimé, la semaine dernière, l’avocat général lors du procès en appel de l’ancien trader à Versailles. Concrètement, Jérôme Kerviel reste coupable pénalement. Mais en raison des manquements dans les systèmes de contrôle de la banque, les 4,9 milliards de dommages et intérêts dus par l’ancien trader pourraient être purement et simplement annulés. La Société générale, elle, a toujours nié avoir eu connaissance des agissements du trader. La décision sera rendue le 23 septembre.