Après UberPOP, Heetch a rendez-vous devant la justice

JUSTICE Les deux dirigeants de l'entreprise devront répondre notamment de complicité d'exercice illégal de la profession de taxi...

20 Minutes avec AFP
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Des salariés de l'entreprise Heetch à Paris en 2015.
Des salariés de l'entreprise Heetch à Paris en 2015. — BERTRAND GUAY / AFP

Alors que les condamnations d'UberPOP sont encore fraîches, c'est une autre application de transports entre particuliers, Heetch, qui fait face mercredi à la justice.

Les deux dirigeants et fondateurs de Heetch, service de covoiturage nocturne (de 20h à 6h du matin) visant une clientèle jeune, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris. Mathieu Jacob et Teddy Pellerin devront répondre de complicité d'exercice illégal de la profession de taxi, de pratique commerciale trompeuse et d'organisation illégale d'un système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non-professionnels.

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec UberPOP, cette application qui a déjà valu plusieurs condamnations au géant américain des voitures de transport avec chauffeur (VTC), pour des chefs de prévention identiques.

«Ce n'est pas un métier»

Heetch en est conscient, et s'efforce de mettre en avant ses différences, notamment le fait que l'application n'impose aucun tarif fixé à l'avance, et que les revenus des conducteurs sont limités à 6.000 euros par an. «Ce n'est pas un métier», mais du «partage de frais», déclare Teddy Pellerin, l'un des dirigeants, rappelant que seuls 5% des conducteurs atteignent ce plafond, et que la moyenne des revenus tourne autour de 1.850 euros par an.

L'entreprise fondée en 2013 vante son service «socialement utile», permettant aux jeunes de banlieue notamment de profiter de la nuit parisienne, sans les contraintes des transports en commun, et sans qu'ils ne reprennent le volant ivres.

Guerre ouverte entre mastodontes

Heetch, qui fonctionne à Paris, Lyon et Lille, annonce 10.000 conducteurs occasionnels et 50.000 trajets hebdomadaires effectués par des usagers de 23 ans en moyenne. Pour ses fondateurs, tout juste trentenaires, qui ont été placés en garde à vue en début d'année, Heetch se retrouve pris malgré lui dans la guerre ouverte entre mastodontes du transport de particuliers.

«Le marteau Uber tape sur l'enclume G7 [le géant français des taxis], et les autres acteurs prennent des éclats au passage», déplore Teddy Pellerin, précisant que la start-up, qui se rémunère en prenant des commissions sur les trajets, n'est à l'heure actuelle pas bénéficiaire. «On peut nous balayer d'un revers de main, mais la problématique (du transport entre particuliers) va rester, resurgir dans six mois, dans un an ou dans cinq ans, sauf qu'à ce moment-là, le risque c'est qu'il n'y ait plus d'acteurs français», fait-il valoir.

Heetch, qui a entrepris de s'implanter à l'étranger (Suède, Pologne, Italie) bénéficie du soutien discret de quelques grands noms de l'économie française, comme Xavier Niel via la société Kima Ventures, ou le groupe Mobivia (Norauto, Midas).