La France est-elle devenue un repoussoir à touristes?

TOURISME Les images de notre pays qui sont passées ces derniers mois en boucle sur les chaînes étrangères ont dissuadé de nombreux touristes de venir le découvrir…

Delphine Bancaud
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Des touristes le 14 juin 2016 à Paris, devant la Tour Eiffel, fermée pour cause de grève.AP Photo/Bertrand Combaldieu
Des touristes le 14 juin 2016 à Paris, devant la Tour Eiffel, fermée pour cause de grève.AP Photo/Bertrand Combaldieu — Bertrand Combaldieu/AP/SIPA

La première destination touristique mondiale sera-t-elle bientôt détrônée ? Pour l’heure, ce n’est pas encore le cas, mais les professionnels du tourisme sont inquiets de la perte d’attractivité de la France depuis plusieurs mois. « Entre les attentats, les grèves, les violences lors des manifestations, le conflit des taxis et des VTC, les pénuries d’essence, les intempéries, les poubelles débordantes dans la rue pendant plusieurs jours, le mauvais temps, on n’a jamais cumulé autant de phénomènes négatifs qui ont abîmé l’image de la destination aux yeux des touristes étrangers », estime Georges Panayotis, PDG de MKG Group, un cabinet d’étude spécialisé dans le tourisme.

« Et vu de l’étranger, le miroir sur ces événements est grossissant », renchérit Didier Arino, le directeur du cabinet Protourisme. D’autant que certains médias étrangers relayent en boucle des images chocs de la France : « L' hebdomadaire italien L’Espresso a titré récemment : "Paris brûle", The Independent  "Qu’est-ce que la France a fait au bon Dieu ?". Et CNN ouvre régulièrement son journal sur des images de violence en France. Lorsque les vitrines de l’hôpital Necker volent en éclats, cela est traduit par "les hôpitaux français sont attaqués" », souligne Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du voyage.

 

Un travail de sape qui a été violent aussi sur le web, comme le souligne Didier Chenet, président du GNI-Synhorcat, le syndicat national des hôteliers, restaurateurs et cafetiers : « Les images qui ont tourné sur les réseaux sociaux ont encore été bien pires que sur les chaînes », estime-t-il.

Paris accuse le coup

Cette image dégradée de l’Hegaxone a déjà des répercussions sur les chiffres du secteur. Surtout à Paris : « Au premier semestre 2016, les recettes hôtelières accusent une baisse de 30 % car le taux d’occupation a chuté et que les prix des chambres ont baissé », explique Georges Panayotis « Et sur les quatre premiers mois de l’année 2016, la filière touristique francilienne a déjà perdu 460 millions d’euros de chiffre d’affaires », ajoute Frédéric Valletoux, président du Comité régional du tourisme pour Paris et l’Ile-de-France.

Une déconfiture qui est particulièrement marquée dans les établissements de luxe, ajoute-t-il : « pour le mois de juin, on estime le taux d’occupation des palaces à 50 % alors qu’à cette époque il est habituellement de l’ordre de 85 % ». L’hôtellerie d’affaires parisienne a aussi payé les pots cassés de ce climat tendu, certains séminaires ayant été organisés dans des villes plus sereines. « Les musées et les monuments accusent aussi une baisse de 20 à 30 % au premier semestre par rapport à 2015 », poursuit Frédéric Valletoux.

Américains et Japonais désertent l'Hexagone

Si la capitale est touchée de plein fouet par cette baisse du tourisme, la province semble moins affectée. « Les régions littorales s’en sortent mieux, même si certains touristes étrangers ont purement et simplement gommé la destination France de leur agenda », constate Jean-Pierre Mas.

Parmi ceux-ci figurent en premier lieu : les Japonais (-56 % au premier trimestre 2016), les Américains, les Coréens, les Australiens, les Russes (-35 %) et la partie la plus aisée de la clientèle chinoise (-14 %). « D'autant que dans certains pays, les assurances ne couvrent pas les voyageurs en cas de problèmes quand ils voyagent dans des lieux considérés comme peu sûrs, à tord ou à raison », souligne Didier Chenet.

Les voyageurs longs courriers ne sont pas les seuls à avoir déserté la France et en particulier Paris : « Même la clientèle européenne et française s’est aussi déportée vers d’autres capitales comme Madrid, Genève ou Londres pour des city breaks », constate Didier Arino.

L’impact de l’Euro décevant

Et l’Euro sur lequel les hôteliers comptaient pour retrouver du souffle, n’a pas rapporté autant qu’escompté : « Les supporters sont souvent venus pour une nuit ou deux, le temps d’assister à leur match, pas pour faire du tourisme. Et ils se sont généralement logés chez les particuliers, via Airbnb et pas en hébergement marchand », observe le président du GNI-Synhorcat. Seuls les patrons de bars ou de restaurant dans les villes accueillant des matchs de l’Euro semblent pour l’heure satisfaits.

Quant aux réservations d’été, les professionnels du tourisme ne prévoient pas d’embellie non plus : « Tous les événements négatifs qui se sont passés en France ont eu lieu au moment où les gens font des arbitrages pour les vacances. Si l’on peut espérer que la Côte d’Azur, le pays basque, la Bretagne tirent leur épingle du jeu, on peut prévoir que la saison ne sera pas bonne à Paris », estime Jean-Pierre Mas. Selon Didier Chenet : « les prévisions de réservations dans les hôtels franciliens pour juillet-aout seraient déjà de -10 % par rapport à l’an dernier ».

L’attitude de ceux qui partent à la dernière minute sera donc déterminante souligne Georges Panayotis : « s’il fait beau et si les tensions sociales se calment, la clientèle du Golfe pourra revenir et apporter une bouffée d’air au secteur », affirme-t-il. Reste à espérer un automne plus clément pour les professionnels du tourisme : « si l’euro se passe sans trop de problèmes, cela rassurera la clientèle étrangère et les tour-opérateurs », avance Frédéric Valletoux.