Loi Travail: Un «rassemblement statique» serait-il vraiment plus sécurisé?

SECURITE Le préfet de police de Paris a demandé aux syndicats contestataires d'organiser un rassemblement plutôt qu'un défilé le 23 juin pour éviter les casseurs... 

Florence Floux

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Les manifestants contre la loi Travail à Paris, le 14 juin 2016.
Les manifestants contre la loi Travail à Paris, le 14 juin 2016. — SIPANY/SIPA

C’est le nouveau gros débat concernant la contestation de la Loi Travail. Après les dégâts occasionnés en marge de la manifestation parisienne du 14 juin, la polémique ne cesse d’enfler entre les syndicats et le gouvernement concernant la prochaine mobilisation du 23 juin. La proposition de la préfecture de police de Paris d’organiser un « rassemblement statique » place de la Nation au lieu d’un cortège entre Bastille et Nation a provoqué un véritable tollé. « Et pourquoi pas un pique-nique aussi ! ? » s’est agacé Fabrice Angéi, membre du bureau confédéral de la CGT, sur BFM.

Une nouvelle réunion avait lieu ce mardi matin sur le sujet entre syndicats contestataires et Michel Cadot, le préfet de police, pour tenter de trouver une solution. Celle-ci n’a apparemment pas atteint son but, puisque les syndicats ont refusé « catégoriquement » d’organiser un rassemblement statique, ont-ils indiqué dans un communiqué. Le préfet de police avait auparavant menacé d’interdire toute manifestion…

Une barrière de taille

Pour les forces de l’ordre, un rassemblement offrirait pourtant une meilleure sécurisation de l’événement. « Il suffit de mettre en place des points d’entrée avec des contrôles et des palpations, pour empêcher les casseurs de s’infiltrer. On bloque les rues qui débouchent sur la place avec des barres-ponts pour gérer l’arrivée des gens sur la place, mais il y aura forcément moins de monde que le 14 juin, puisque c’était une manifestation nationale », explique David Michaux, secrétaire national CRS de l’Unsa Police.

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Pour Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint d’Alliance, il s’agirait de mettre en place un dispositif semblable à celui installé place de la République pour le rassemblement de policiers du 18 mai dernier, à l’appel de son syndicat et de d’Unsa Police. « Il faut un système de barriérage tout autour de la place, des mesures de sécurité à l’extérieur de ce périmètre assurées par la police, et également à l’intérieur, assurées par la sécurité des organisations syndicales. »

Des mesures qui n’emballent pas franchement les syndicats. « Je ne suis pas sûr qu’une fan-zone syndicale place de la Nation soit plus sécurisée qu’une manifestation », a estimé Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO. Le barriérage éventuel fait débat non seulement chez les organisations qui organisent le rassemblement, mais aussi au sein des forces de l’ordre : « Il n’y aura pas de barrières, car les casseurs pourraient les utiliser comme projectiles contre la police », indique David Michaux.

Manif sauvage ou casseurs en liberté ?

Outre le problème des barrières, le rassemblement peut malgré tout comporter des risques. « On n’est pas à l’abri d’une manifestation sauvage si l’option du rassemblement est retenue, craint David Michaux, d’Unsa Police. Les manifestants seront alors énervés de ne pas avoir obtenu l’autorisation de défiler, et les casseurs seront là aussi. » Autre cas de figure possible : les manifestants se retrouvent bien sur une place, le rassemblement est encadré par la police et les casseurs en profitent pour se donner rendez-vous ailleurs dans Paris. « Comme les forces de l’ordre seraient moins nombreuses à être mobilisées sur un rassemblement, d’autres seraient potentiellement disponibles pour intervenir sur des actions inopinées, il y aurait moins d’impact niveau dégâts matériels », rassure le représentant d’Unsa Police.

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Le 29 novembre dernier, une manifestation en lien avec la COP21 avait également été transformée en rassemblement statique place de la République sur les préconisations de la préfecture de police de Paris. L'événement, dans lequel s'étaient introduits des casseurs, avait occasionné des échauffourées avec les forces de l'ordre. Le monument central, transformé en mémorial aux victimes des attentats de janvier et du 13 novembre, avait également subi des dégradations. Plus de 300 personnes avaient été interpellées. 

Dans tous les cas, ce dispositif « serait moins compliqué à mettre en place mais ponctionnerait des fonctionnaires lors d’une journée où ils auraient enfin pu souffler », puisqu’aucun match de l’Euro n’est prévu à cette date-là, explique Frédéric Lagache. « Actuellement, il y a des repos qui sont annulés et des CRS qui font des doubles vacations, avec la menace terroriste et l’Euro. Le moment est vraiment mal choisi », poursuit le représentant syndical. Pour cette raison, Alliance a d’ailleurs appelé au report pur et simple de l’événement du 23 juin, qu’il s’agisse d’une manifestation ou bien d’un rassemblement. « Les forces de l’ordre sont épuisées », constate Frédéric Lagache.