Depuis les attentats, la torture est mieux acceptée par les Français

SONDAGE Quelque 45 % des sondés jugent le recours à la torture efficace pour prévenir des actes de terrorisme, selon un sondage réalisé pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat)…

20 Minutes avec agences

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Un militant d'Amnesty manifeste contre la torture le 4 septembre 2014à Mexico
Un militant d'Amnesty manifeste contre la torture le 4 septembre 2014à Mexico — Ronaldo Schemidt AFP

Le recours à la torture est davantage accepté en France. Ainsi, plus d’un Français sur deux (54 %) considère comme justifié qu’un policier envoie des décharges électriques sur une personne soupçonnée d’avoir posé une bombe prête à exploser, selon un  sondage réalisé pour l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) dévoilé ce mardi. C’est 20 points de plus qu’il y a 16 ans (34 %) dans un précédent sondage CSA pour Amnesty International réalisé en 2000.

18 % seraient capables de pratiquer la torture

Cette nouvelle enquête indique également que quelque 45 % des sondés jugent le recours à la torture efficace pour prévenir des actes de terrorisme ou obtenir des informations fiables.

En outre, 36 % des personnes interrogées considèrent que l’on peut accepter dans certains cas le recours à la torture, une hausse de 11 points par rapport à 2000. Et 18 % d’entre elles se sentiraient capables de pratiquer la torture dans des cas exceptionnels.

« Les digues cèdent les unes après les autres »

« On se doutait qu’il y avait une acceptation de plus en plus grande de la torture, dans le contexte de la montée du terrorisme, mais on ne se rendait pas compte que l’évolution était aussi dramatique », a commenté pour l’AFP le délégué général de l’Acat, Jean-Etienne de Linares.

« Par rapport à l’interdit absolu de torturer, les digues cèdent les unes après les autres : acceptabilité plus grande dans l’opinion, discours guerrier, complaisance à l’égard d’Etats pratiquant la torture comme le Maroc… De renoncement en renoncement, un terreau se met en place et qui sait ce qu’il se passera s’il y a un, cinq, dix attentats de plus », ajoute le spécialiste.

Méconnaissance de la réalité du terrain

Autre constat de l’Acat : les Français connaîtraient très mal la réalité du terrain. Ainsi, la plupart d’entre eux estiment que les minorités ethniques ou religieuses ou les opposants politiques sont les groupes les plus souvent victimes de torture, alors qu’il s’agit en réalité des délinquants et suspects de droits communs.

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Enfin, selon les sondés, les membres de groupes armés non étatiques ou d’organisations criminelles seraient les principaux responsables des actes de torture, alors que ce sont en fait les militaires, les membres des forces de l’ordre et les gardiens de prison.

 

L’Acat a commandé à l’Ifop ce sondage, mené en avril 2016 auprès de plus de 1.500 personnes selon la méthode des quotas, à l’occasion de la sortie de son rapport sur le phénomène tortionnaire dans le monde.