Policiers tués dans les Yvelines: Daesh aurait coupé une partie de la vidéo de Larossi Abballa

TERRORISME Les séquences coupées semblent être moins à l'avantage du terroriste, rapporte L'Express...

Clémence Apetogbor

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Image tirée le 14 juin 2016 d'une vidéo du site Aamaq News Agency montrant Larossi Abballa revendiquer les meurtres devant une caméra.
Image tirée le 14 juin 2016 d'une vidéo du site Aamaq News Agency montrant Larossi Abballa revendiquer les meurtres devant une caméra. — AFP

La vidéo dans laquelle Larossi Abballa revendique le meurtre du couple de policiers à Magnanville aurait-elle été coupée ?

C’est ce qu’avance ce mardi L’Express sur son site internet.

Trois séquences coupées

Selon l’hebdomadaire, trois séquences ont été coupées avant que la vidéo de revendication du tueur, tournée au domicile de ses victimes, ne soit diffusée le lendemain des faits par l’agence Amaq, proche des djihadistes de Daesh.

La vidéo originale, que L’Express a pu visionner, dure 13 minutes et 16 secondes. Sur ces images, Larossi Abballa  revendique son crime, prête allégeance à l’organisation de l’Etat islamique et  menace des personnalités ou des professions.

Elles ont été diffusées le soir du double meurtre par le Français de 25 ans via l’application Facebook Live. Selon David Thomson, journaliste spécialiste du djihadisme, qui faisait partie des contacts Facebook du jeune homme, « la vidéo a été vue par 98 personnes avant d’être retirée 11 heures après sa diffusion ».

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La version diffusée par Amaq, elle, ne dure que 11 minutes et 46 secondes.

Des séquences manquantes « moins à l’avantage d’Abballa » ?

L’hebdomadaire indique qu’il a pu regarder les 90 secondes supprimées. Les trois séquences manquantes seraient « moins à l’avantage d’Abballa », explique L’Express, qui a interrogé des experts qui ont également visionné les images.

Une des séquences coupées se trouve au milieu de la vidéo, alors que Larossi Abballa s’exprime depuis près de six minutes. Il répète qu’il a tué « un policier et sa femme ». Sur les images non diffusées l’homme tourne alors la caméra vers le canapé situé derrière lui, sur lequel est assis le fils du couple. « Derrière moi, il y a le petit. Je ne sais pas encore ce que je vais faire de lui », dit Larossi Abballa, avant de reprendre son monologue.

Un autre passage coupé concerne également Mathieu, le petit garçon de trois ans. Le djihadiste se moque de la phrase prononcée par François Hollande en novembre 2015 : « La France sera impitoyable avec les barbares de Daesh ». « J’ai été impitoyable avec ce policier et sa femme », répond Larossi Abballa. La vidéo coupe au moment où il ajoute : « Et dis-toi, j’ai encore son petit ».

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Pour une source policière de haut rang, citée par l’hebdomadaire, « il (Larossi Abballa) a peut-être eu un dernier sursaut d’humanité. Égorger un gamin, c’est le comble de l’horreur. Au moment de l’attentat, il est à Magnanville, dans un environnement civilisé, pas en Syrie ». Et David Thomson d’ajouter, « il est effectivement possible que du point de vue de l’EI, ce soit une faiblesse de montrer que l’enfant a été épargné ».

« J’ai pas envie de… hum »

La dernière séquence manquante se trouve à la fin de vidéo, poursuit L’Express. Larossi Abballa semble hésiter alors qu’il vient d’appeler les autres fanatiques à « invoquer Allah » pour qu’il accède au statut de martyr. Il lance alors : « J’avoue, j’ai pas envie de… hum », mais ne termine pas sa phrase. Puis il semble se ressaisir, affirme qu’il est prêt pour l’assaut du Raid et coupe la caméra.

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« Abballa a l’air de paniquer intérieurement. Il déglutit beaucoup, a du mal à s’arrêter de parler. Comme s’il réalisait qu’il n’existera plus une fois l’enregistrement terminé. Il sait que ce sont ses derniers gestes sur Terre alors il essaye de gagner du temps », analyse la source policière antiterroriste auprès de l’hebdomadaire.

De son côté, David Thomson avance l’idée que Daesh a coupé cette dernière séquence car elle serait « sans intérêt ». « On l’entend en effet renifler et déglutir. Je ne dirais pas qu’il est mal à l’aise. On comprend surtout qu’il a fini de lire son discours, qu’il cherche ses mots, qu’il n’a plus rien à dire », estime-t-il.