Policiers tués: Douleur immense et colère sourde lors de l'hommage à Versailles

REPORTAGE Toute la « famille police » a rendu un dernier hommage à Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing, le couple de policiers assassinés lundi soir à leur domicile par Larossi Abballa…

Helene Sergent

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Cérémonie d'hommage national dans la cour d'honneur de la préfecture des Yvelines à Versailles, le 17 juin 2016, quatre jours après l'assassinat du couple de policiers tués à leur domicile par un djihadiste affilié à Daesh.
Cérémonie d'hommage national dans la cour d'honneur de la préfecture des Yvelines à Versailles, le 17 juin 2016, quatre jours après l'assassinat du couple de policiers tués à leur domicile par un djihadiste affilié à Daesh. — SIPA

Il y a des images que l’on ne voit jamais, cantonnées à l’intimité des cérémonies funèbres ou aux quatre murs d’un commissariat. Celles d’officiers, de gradés, de policiers en larmes, les traits déformés par la peine et la colère. Ce vendredi matin, dans la cour d’honneur de la préfecture des Yvelines à Versailles, tous les membres de ce qu’ils nomment la « famille police » se sont retrouvés pour un ultime hommage à Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing. Lundi, le couple de fonctionnaires a été assassiné, sous les yeux de leur fils âgé de 3 ans, par Larossi Abballa récemment rallié aux terroristes de Daesh.

Des officiers de police se serrent dans les bras lors de la cérémonie d'hommage, à Versailles, au couple de policiers tués à Magnanville par un terroriste se revendiquant de Daesh. Kamil Zihnioglu/AP/SIPA
Des officiers de police se serrent dans les bras lors de la cérémonie d'hommage, à Versailles, au couple de policiers tués à Magnanville par un terroriste se revendiquant de Daesh. Kamil Zihnioglu/AP/SIPA - Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

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« Les habits de deuil ont beau s’user et blanchir, le cœur reste noir »

Comme lors de l’hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre, le président de la République s’est exprimé après avoir décerné, à titre posthume, la légion d’honneur aux policiers tués. « Ils ont succombé car ils ont fait le choix périlleux de nous défendre », a lancé en introduction François Hollande. Il est ensuite revenu en détail sur les carrières respectives de l’officier de police et de sa compagne, elle-même entrée dans la police en 2005. Dans la foule, face aux cercueils recouverts du drapeau tricolore, certains collègues en uniforme vacillent, secoués par le chagrin. La sécurité civile prend en charge plusieurs fonctionnaires de police, les yeux rougis, titubants. « Anéantis », « sidérés », difficile pour celles et ceux qui ont fait le déplacement d’en dire davantage.

Au-delà du drame de lundi soir, c’est une lourde période de deuil pour les forces de l’ordre. Raid, brigade anticriminalité, BAC du département, police judiciaire, tous partagent la peine des proches réunis dans la cour pavée de la préfecture. Après la mort de Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet et Clarissa Jean-Philippe en janvier 2015, les conditions du décès de Jean-Baptiste Salvaing et de Jessica Schneider, en dehors de leur service et à leur domicile, ont profondément heurté les fonctionnaires. Deux années sombres qu’a résumées François Hollande en citant un vers de Victor Hugo : « Les habits de deuil ont beau s’user et blanchir, le cœur reste noir. »

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Une « douleur profonde »

Le long des barrières métalliques qui délimitent le périmètre réservé aux collègues et policiers, des centaines de personnes sont venues assister à la cérémonie. Parmi elles, Yannick, 43 ans, enseignant de l’Education nationale et originaire de banlieue parisienne : « J’avais une réunion dans le quartier. En sortant, j’ai vu que l’hommage avait commencé, je suis resté. Les mots me manquent mais les sentiments qui dominent aujourd’hui, ce sont la colère et un terrible sentiment d’impuissance ». Une colère partagée par les forces de l’ordre. A la fin de la cérémonie, un fonctionnaire de police a refusé de serrer la main de François Hollande et Manuel Valls venus saluer les effectifs présents. Plus loin, Paulette, 80 ans, tend deux bouquets d’œillets blancs à un policier posté à proximité de l’entrée du périmètre dédié aux proches : « Même s’ils ne me connaissent pas et qu’ils ne le savent pas, je suis venue pour soutenir les familles, pour ce petit garçon laissé orphelin, explique-t-elle les yeux embués, je pense aux mamans et aux épouses de tous les policiers, je ressens une douleur si profonde… »

Parmi les citoyens rassemblés près des grilles de la préfecture, Léa, 32 ans, salariée d’une agence de communication, peine à cacher son exaspération : « J’ai le sentiment que ces derniers mois, le gouvernement a passé plus de temps à saluer la mémoire de Français tués par des terroristes qu’à trouver des solutions. » Des solutions, François Hollande en a néanmoins esquissé quelques-unes lors de son intervention. Le président de la République a reformulé sa volonté d’autoriser les policiers, comme c’est actuellement le cas pour les gendarmes, à conserver leur arme de service, en dehors de leurs missions et de leurs interventions. Il a également promis l’annonce de futures mesures visant à améliorer et garantir l’anonymat des forces de l’ordre. Pas de quoi rassurer Léa, rattrapée par une interrogation : « Combien de gens va-t-on encore devoir enterrer ? »