Affaire Kerviel: La Société Générale a «laissé faire», affirme un témoin

JUSTICE La cour doit déterminer si l’ex-trader, condamné pour abus de confiance, doit payer les 4,9 milliards d’euros exigés par la banque…

Clémence Apetogbor

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Jérôme Kerviel le 15 octobre 2015 devant le tribunal administratif de Paris.
Jérôme Kerviel le 15 octobre 2015 devant le tribunal administratif de Paris. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Jacques Werren, ancien dirigeant du marché à terme Matif, est affirmatif.

La Société Générale ne pouvait ignorer les agissements de Jérôme Kerviel et l’a donc « laissé faire », a déclarer jeudi sans ciller face à la cour d’appel de Versailles ce témoin cité par la défense de l’ancien trader devant la cour d’appel de Versailles La cour doit déterminer si l’ex-trader, condamné pour abus de confiance, doit payer les 4,9 milliards d’euros exigés par la banque, soit l’intégralité des pertes imputées à Jérôme Kerviel.

La banque l’a « laissé faire »

La Cour de cassation a en effet confirmé en 2014 sa condamnation à cinq ans de prison, dont trois ferme, mais cassé les dommages et intérêts réclamés par la Société Générale, estimant que ses mécanismes de contrôle avaient failli. « La thèse selon laquelle la Société générale n’a pas vu les opérations de Jérôme Kerviel est un défi au bon sens », a asséné Jacques Werren, au second des trois jours d’audience.

« Le marché à terme » sur lequel opérait l’ex-trader « faisait l’objet d’un suivi quotidien », a-t-il assuré à la barre. Et pour ce spécialiste des places boursières, il n’est « pas possible de dissimuler » ou de « cacher des positions » sur ce type de marché. La banque l’a donc « laissé faire », selon lui.

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Une expertise financière réclamée par Kerviel

Ce que réfute la Société générale, qui assure que Jérôme Kerviel a pris massivement des positions fictives frauduleuses sans en référer à sa hiérarchie. Cité lui aussi par la défense, un ex-employé de la SocGen, chargé du contrôle des activités de trading à l’époque des faits, a affirmé qu'« aucune des opérations fictives » passées par le trader « n’a pu atteindre la comptabilité » de la société et que les pertes revendiquées par la banque après l’affaire Kerviel ne représentaient pas la réalité.

En fin d’audience, Jérôme Kerviel est revenu à la charge. « Depuis l’origine, je ne cesse de réclamer une expertise financière, ça m’a été systématiquement refusé. Je sollicite à nouveau une expertise pour qu’on ait le coeur net » sur les pertes de la SocGen dans cette affaire.

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Un enregistrement audio qui pourrait faire basculer l’enquête

Plus tôt dans la journée, la défense de l’ex-trader avait produit un enregistrement audio qui, selon elle, montrait que le dossier judiciaire avait été « manipulé » par la banque. Dans cet enregistrement clandestin, on entend une conversation privée entre l’ancienne vice-procureure de la République de Paris Chantal Colombet-De Leiris et une ex-policière de la Brigade financière, Nathalie Le Roy, chargée d’enquêter sur l’affaire.

Dans des extraits sélectionnés par la défense et diffusés à l’audience après l’avoir été dans la presse en janvier, la magistrate aujourd’hui retraitée pointe des dysfonctionnements. « Vous étiez entièrement manipulée par la Société Générale », dit-elle à son interlocutrice qui lui réplique : « On ne savait pas où aller. On a été dirigés en fait ».

Et la magistrate d’affirmer que ce n’est pas un magistrat qui a rédigé l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris, « c’est un des avocats (de la Société Générale) qui lui a communiqué ».

A l’issue de l’écoute de l’enregistrement, un avocat mandaté par Chantal Colombet-De Leiris a demandé à la cour de juger la diffusion de l’enregistrement illégale. En vain.