Policiers tués dans les Yvelines: Quels outils contre la radicalisation en prison?

TERRORISME Selon François Molins, Larossi Abballa, assassin présumé du couple de policiers, se serait « livré à des actes de prosélytisme d'islamisme radical » lors de son incarcération...

Helene Sergent

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Prison de Fleury-Mérogis  (Illustration)
Prison de Fleury-Mérogis (Illustration) — ERIC FEFERBERG / AFP

Merah, Nemmouche, Coulibaly, Abaaoud et désormais Larossi Abballa. Depuis 2012, les terroristes qui ont frappé ou tenté de frapper la France ont un point commun :  tous ont un passé carcéral. Cette similitude a amené les autorités et les gouvernements successifs à se pencher sérieusement sur la radicalisation et le prosélytisme en prison. Qu’en est-il aujourd’hui, quels outils existent et comment évaluer leur efficacité ? 20 minutes fait le point.

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Un phénomène limité ou sous-évalué ?

Les islamistes radicaux gangrènent-ils les maisons d’arrêt ou centres de détention ? Selon le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, qui s’exprimait ce mercredi devant les députés, « il y a aujourd’hui dans les prisons 1.400 radicaux dont 300 ont un lien avec le terrorisme et 100 sont des condamnés ». Des chiffres à comparer avec le nombre total de détenus qui s’élevait en 2015 à 66. 270. Pour autant, l’identification précise d’un profil « radicalisé » reste difficile.

Pour affiner le « profilage » de ces détenus dit « à risque », l’administration pénitentiaire a mis à disposition de l’ensemble de son personnel en avril dernier, une nouvelle grille d’évaluation. Selon La Croix, qui a pu consulter le document, trois profils seraient visés : les détenus susceptibles de se radicaliser, ceux qui, comme Larossi Abballa font du prosélytisme et ceux qui dissimulent leur radicalisation. Surveillants et conseillers d’insertion et de probation redouteraient toutefois de se substituer aux services de renseignement, en dépit du rôle « d’accompagnant », inhérent à leur profession.

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Unités dédiées et services de renseignement

En matière de renseignement, un service unique dédié à l’univers carcéral va être créé. Le 9 mai dernier, Manuel Valls a présenté un nouveau plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme. Le volet « radicalisation en milieu pénitentiaire » compte sept mesures, dont le recrutement de personnel chargé de surveiller les détenus radicalisés. Au total, ce plan prévoit la création de 483 emplois pénitentiaires en trois ans et des crédits à hauteur de 80 millions d’euros.

Ce mercredi, le ministre de la Justice a annoncé que des programmes de prévention de la radicalisation seront menés dans 27 établissements pénitentiaires sans donner plus de détails. Ces programmes seront menés parallèlement au dispositif annoncée en janvier 2015, au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo : la création de quatre unités dédiées aux personnes radicalisées au sein des maisons d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise), de Fleury-Mérogis (Essonne) et de Lille-Annoeullin.

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Ce lundi 13 juin, dans la bibliothèque du centre de détention de Tarascon (Bouches-du-Rhône), une trentaine de jeunes sont venus écouter Latifa Ibn Ziaten. Mère d’Imad Ibn Ziaten, militaire froidement assassiné par Mohamed Merah le 11 mars 2012, cette Française d’origine marocaine et de confession musulmane est venue dialoguer quelques heures aux côtés des prisonniers. Religion, radicalisation, laïcité, les sujets abordés ce matin-là le sont sans concession, ni tabou. Lucas*, accent du sud-est à couper au couteau, s’interroge : « Ce que j’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi on les met en prison quand ils rentrent de Syrie ? Pourquoi ? Ils vont recommencer en prison, et ça va empirer ».

Au fond de la salle, l’un des jeunes hommes, récemment converti à l’islam, témoigne : « Dans le précédent établissement où j’étais incarcéré, mon codétenu était radical, mais je ne l’ai pas écouté et j’ai demandé à changer de cellule ». En lien avec des familles de jeunes radicalisés via son association Imad, pour la jeunesse et la paix, Latifa Ibn Ziaten prône la prise en charge psychologique et éducative des Français partis en Syrie : « Il faut les aider. Les rassembler dans une même unité, c’est une idée folle ! Si vous mettez des ingénieurs tous ensemble, il y a de fortes chances pour qu’ils réalisent de belles choses. Mais des radicalisés… ».

Société civile et aumôniers

Malgré tout, ce genre d’intervention d’acteurs de la société civile devrait également être généralisé dans ces quatre unités dédiées. Objectif : « réparer » ces individus en leur faisant se poser les bonnes questions, comme l’expliquait en janvier dernier à 20 minutes une source au sein de l’administration pénitentiaire. La question de l’accompagnement et de l’encadrement religieux s’est également posée aux autorités. A la fin 2015, 183 personnes se chargeaient des offices musulmans au sein des établissements pénitentiaires, un budget en matière de recrutement qui aurait doublé selon le gouvernement.

Des carences de personnels persistent puisque les aumôniers musulmans seraient trois à quatre fois moins nombreux que les religieux catholiques. Enfin, les prisons, centre de détention et maisons d’arrêt devraient être davantage sécurisés grâce au développement de la vidéoprotection à leurs abords, l’installation de portiques de détection supplémentaires et de brouilleurs de télécommunication.