Policiers tués en Yvelines: Comment leur enfant de 3 ans va être pris en charge

TERRORISME Le petit garçon de 3 ans a été découvert « dans un état de sidération » après le drame par les policiers du Raid, selon le procureur de Paris François Molins…

Delphine Bancaud

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Un policier dépose une fleur à côté de la maison des policiers tués à Magnanville
Un policier dépose une fleur à côté de la maison des policiers tués à Magnanville — Thibault Camus/AP/SIPA

A l’horreur de l’assassinat d’un commandant de police et de sa compagne lundi soir à Magnanville (Yvelines), s’ajoute l’horreur de ce qu’a vécu leur enfant. Le petit garçon âgé de trois ans et demi est le seul rescapé de ce drame, mais il a sans doute assisté à l’exécution de sa mère à leur domicile. Il a été découvert « dans un état de sidération » par les policiers du Raid, selon le procureur de Paris François Molins, et a été transporté dans un hôpital à Paris.

« Cet enfant est dans un état de choc traumatique, il a sans doute vu sa mère se faire tuer. Et même si la mort reste abstraite à 3 ans, l’enfant a saisi qu’il s’agissait d’un acte de barbarie abominable. De plus, il a lui même été menacé, ce qui explique l’état de sidération dans lequel il a été retrouvé », indique la psychiatre Muriel Salmona, présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie.

« L’enfant a besoin d’une sorte de réanimation psychologique »

Lors de ce genre de drame, les enfants sont pris en charge par une équipe pluridisciplinaire à l’hôpital, comme le confirme Hélène Romano, docteur en psychopathologie et experte auprès des tribunaux : « Habituellement, lorsqu’un enfant est témoin de la mort violente de ses parents, les médecins vérifient tout d’abord qu’il n’a pas été blessé et le prennent en charge psychologiquement. Ils lui ont sans doute annoncé officiellement le décès de ses parents, que le "méchant" qui les avait tués était mort aussi et ne reviendrait pas. Les médecins ont ensuite dû lui expliquer qu’il serait bien protégé, mais qu’il ne pourrait pas retourner dans sa maison ». « Tout va être fait pour le sécuriser et les médecins vont le laisser exprimer ses émotions par le jeu », ajoute Gérard Rossinelli, président de la compagnie nationale des experts psychiatres.

Le petit garçon devrait faire l’objet d’un accompagnement continu, comme l’indique Muriel Salmona : « Dans ce genre de cas, l’enfant a besoin d’une sorte de réanimation psychologique. Il doit être sécurisé 24 heures sur 24 heures. Deux personnes référentes se succèdent généralement à ses côtés afin qu’il bénéficie d’une sorte de perfusion continue de bienveillance ». Selon RTL, les grands-parents paternels du petit garçon, seraient aussi à l’hôpital pour s’occuper de lui. « Ces figures d’attachement de l’enfant vont prendre le relais des parents et vont le rassurer, car les touts petits sont extrêmement sensibles au bouleversement de leur cadre de vie », commente Hélène Romano. Mais le séjour de l’enfant à l’hôpital pourrait durer quelques jours, le temps que les membres de sa famille qui vont le recueillir soient capables de le prendre en charge. « Le cas échéant, une délégation de tutelle provisoire leur sera accordée, avant qu’un juge prononce plus tard une ordonnance de placement à un tiers de confiance », explique Hélène Romano.

Des risques de stress post-traumatiques importants

D’après les experts interrogés par 20 minutes, le petit garçon ne devrait pas être interrogé par la police pour le moment. « Sauf obligation procédurale, cela ne devrait pas être le cas. Car les policiers disposent des images du drame, ont identifié l’auteur présumé du double assassinat. Ils n’ont donc pas besoin du témoignage de l’enfant », estime Gérard Rossinelli. Un avis partagé par Muriel Salmona : « le faire parler des faits serait lui infliger une torture mentale. Je doute donc que la police l’interroge directement. En revanche, si l’enfant délivre des informations dans ses dessins ou sur ses jeux, l’équipe soignante les communiquera aux policiers », pense-t-elle.

Quant aux risques de stress post-traumatiques, ils sont importants pour l’enfant, qui devra être suivi longtemps. « Ils peuvent se manifester par des troubles du comportement, un état de forte anxiété, des troubles cognitifs… », explique Gérard Rossinelli. Et même si lorsqu’on est adulte, on se souvient rarement d’événements survenus dans sa petite enfance, ce genre de drame laisse des traces : « L’enfant qui va grandir, n’aura pas de souvenirs autobiographiques de cette tragédie comme pourrait en avoir un adulte, mais sa mémoire traumatique va lui renvoyer des images sensorielles sous forme de flash back, comme la vue du sang ou les cris de sa mère. Pour éviter cela, les médecins vont s’employer à réparer la fracture qu’a subi son cerveau ce jour là et faire en sorte que sa mémoire traumatique ne le hante pas », explique Muriel Salmona.

Mais selon Gérard Rossinelli, il est impossible de se prononcer surles séquelles que conservera le petit garçon, une fois devenu adulte : « Les capacités de résilience sont très variables d’un individu à un autre », affirme-t-il. Une chose est sûre, selon Hélène Romano, il faudra faire preuve de vigilance pendant très longtemps : « Le fait d’avoir été amputé de deux figures fondamentales dans sa vie peut se rappeler à lui lors des périodes de grands bouleversements de sa vie : lors de l’adolescence, lorsqu’il deviendra père lui même », affirme-t-elle.