Grève des éboueurs à Paris: «Anne Hidalgo a laissé pourrir la situation»

LOI TRAVAIL Malgré une amélioration notable depuis le début du week-end, les syndicats comptent sur un regain de mobilisation des conducteurs de bennes et des éboueurs mardi prochain…

Hélène Sergent

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La grève des éboueurs (illustration) PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES
La grève des éboueurs (illustration) PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES — VINCENT WARTNER / 20 Minutes

« Douze jours que cela dure », souffle la maire LR (Les Républicains) du 9e arrondissement, Delphine Bürkli. Depuis le 30 mai, la grève des éboueurs, agents territoriaux, chauffeurs de camions bennes et le blocage de l’usine d’incinération d’Ivry-sur-Seine ont entraîné l’amoncellement de plusieurs tonnes d’ordures dans les rues de la capitale.

Annoncés à la veille du coup d’envoi de l’Euro de football, le redéploiement d’une partie des effectifs de la ville de Paris et le recours à quelques prestataires privés, ont permis d’améliorer la situation, notamment dans les arrondissements les plus touchés.

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1.200 tonnes de déchets résiduels

L’exaspération des riverains, l’arrivée massive de touristes venus de toute l’Europe à l’occasion de la compétition sportive et l’augmentation des températures en fin de semaine dernière ont incité la mairie de Paris à prendre des décisions pour désengorger les territoires parisiens. Jeudi 9 juin, la ville comptabilisait près de 3.000 tonnes de déchets accumulés contre 1.570 tonnes samedi matin.

Une situation qui tend donc à s’améliorer reconnaît l’élue du 9e arrondissement, mais trop tardivement selon elle : « Il y a eu un problème dans la chaîne de commandement. La maire de Paris est restée inerte, c’est pour cette raison que je vais demander un rapport de l’Inspection Générale. Il y a eu un pourrissement de la situation, or assurer la propreté des rues aux parisiens est l’une des missions principales de Madame la maire. Elle vient de porter un coup dur au service public. »

Dans l’arrondissement de Delphine Bürkli, qui s’étend des grands magasins à Pigalle, treize bennes circulent en temps normal. Selon elle, seuls deux à trois véhicules sont passés entre mardi 7 et vendredi 10 juin. Pourtant, parmi les agents qui dépendent de sa mairie d’arrondissement, le taux de participation à la grève n’a oscillé qu’entre 8 % et 30 % pour la journée la plus suivie : « C’est la mobilisation des chauffeurs de bennes qui a entraîné de graves difficultés. Or beaucoup dépendent de la ville et non de l’arrondissement », soupire la maire LR.

Un regain de mobilisation mardi prochain ?

Si le recours aux entreprises privées a permis d’évacuer une grande partie des déchets entassés dans les rues des 5e, 6e, 8e, 9e, 14e, 16e, 17e et 20e arrondissements (plus touchés que les autres), leur incinération pourrait devenir problématique en début de semaine.

À l’arrêt depuis le 30 mai dernier, l’usine d’Ivry est « toujours bloquée », précise Patrice Furé, directeur du cabinet du président du Sytcom, l’agence métropolitaine des déchets ménager : « Deux autres grandes usines continuent de fonctionner normalement à Saint-Ouen et Issy-les-Moulineaux. Les 1.800 tonnes habituelles qui rentrent à Ivry sont dispatchées sur ces sites ». Autre solution privilégiée ces derniers jours, l’enfouissement des déchets : « Vendredi près de 9.000 tonnes ont été enfouies », un chiffre qui entraîne des « coûts économiques et environnementaux nettement supérieurs » par rapport aux techniques d’incinération.

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35 bennes en renfort d’ici lundi

Et la situation en matière de destruction des déchets pourrait perdurer. Joint par 20Minutes, Baptiste Talbot, secrétaire général de la CGT des services publics détaille : « L’usine de Saint-Ouen devrait entrer en grève mardi, on peut donc s’attendre à un regain de la mobilisation le 14 juin, à l’occasion de l’appel à manifester sur l’ensemble du territoire contre la loi Travail ».

En contact régulièrement avec la mairie de Paris, les syndicalistes ont accepté mercredi, de laisser sortir des camions conduits par des non-grévistes : « On entend quand même le risque sanitaire », confie Baptiste Tablot. Selon la mairie de Paris, un renfort de 35 bennes à ordures devrait venir à bout de la totalité des déchets résiduels abandonnés sur la voirie d’ici lundi.