Instruction à domicile: «Je voulais que mes enfants s’épanouissent davantage qu'à l'école»

TEMOIGNAGES La ministre de l'Education a annoncé ce jeudi que l'instruction a domicile serait davantage contrôlée à partir de la rentrée 2017...

Delphine Bancaud
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Une adolescente travaille chez elle
Une adolescente travaille chez elle — : DELAHAYE CATHERINE/SIPA

C’est une nouvelle que les parents ayant choisi l’école à la maison pour leurs enfants prennent mal : la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé ce jeudi un renforcement des contrôles de l’instruction à domicile à partir de la rentrée 2017. Les parents devront justifier du niveau des enfants à chaque fin de cycle, c’est-à-dire tous les trois ans, et ces derniers pourront être soumis à des contrôles écrits ou oraux de la part des rectorats.

« C’est une très mauvaise nouvelle car elle va restreindre notre liberté pédagogique. Et on va avoir davantage de pression pour respecter le programme », estime Hélène, une Strasbourgeoise, qui a choisi l’école à la maison pour deux de ses enfants. Même son de cloche pour Gwenaële, qui habite un village des Vosges et qui a quatre enfants instruits à la maison : « On va nous imposer que les enfants apprennent la même chose au même âge, alors que c’est à la fois laborieux et inefficace. Cela va à l’encontre de notre volonté de respecter le rythme d’apprentissage de chaque enfant ». « Il faut tenir compte de ce que veulent apprendre les enfants », renchérit Jean-Paul, dont la fille est instruite à domicile dans l’Aude.

« Un enfant apprend mieux quand il est motivé »

Car pour les parents qui ont choisi ce mode d’éducation et que 20 minutes a interrogé, rien ne les ferait revenir en arrière. « Deux de mes enfants ont été à l’école et ont vécu de mauvaises expériences, l’un parce qu’il avait des difficultés d’apprentissage, l’autre par ce qu’il était précoce et s’ennuyait à mourir. On ne voulait pas revivre ça avec notre fille », explique Jean-Paul. L’envie d’instruire ses enfants à la maison est aussi venue de loin pour Hélène : « J’ai été déçue par l’enseignement classique, car j’ai eu l’impression de perdre du temps au collège, que ma curiosité n’était pas satisfaite. Je voulais que mes enfants s’épanouissent davantage qu’à l’école et puissent apprendre en anglais, car je suis de culture anglo-africaine », confie-t-elle. Quant à Gwenaële, elle explique s’être lancée dans l’aventure car elle est persuadée « qu’un enfant apprend mieux quand il est motivé. Donc qu’il est plus efficace de leur laisser le temps d’aller vers une matière que de l’obliger d’apprendre certaines choses à un moment précis », indique-t-elle.

Si certaines motivations sont communes, chaque famille suit sa propre ligne pour l’instruction à la maison. Chez Gwenaële « on ne sépare pas les moments d’apprentissage du reste de la vie. Il n’y a donc pas de cours magistraux », annonce-t-elle. « Les petits apprennent le calcul avec leurs jeux, les proportions en faisant la cuisine, le théorème de Pythagore en faisant du bricolage… Et ma fille a appris le japonais en regardant des films », énumère-t-elle. De son côté, Hélène planifie des plages horaires lors desquelles ses enfants travaillent : « ils font du français, des maths et de l’anglais. Le reste du temps, les apprentissages sont informels et se font par le biais d’expérimentations, de lectures, de documentation sur Internet, de jeux et de visites de musées », raconte-t-elle. Même principe pour la fille de Jean-Paul, Laia, qui fait des maths et du français à certaines heures et qui apprend ensuite des choses par le biais de documentaires et de multiples activités (musique, cheval, théâtre, dessin). « Je m’appuie aussi sur des manuels scolaires et sur l’ académie en ligne, qui proposent des supports très intéressants. Mais on ne suit pas le programme scolaire à la lettre. On a par exemple, fait l’impasse sur Zola que ma fille avait du mal à apprécier, mais on s’est attardé sur Hugo », précise-t-il.

Une vie sociale malgré tout

Car l’obsession de ces parents est d’éviter un apprentissage sous contrainte à leurs enfants : « un de mes fils n'éprouvait pas le besoin d'apprendre à lire. J’ai attendu qu’il ait le déclic qui est arrivé à 9 ans. Il est ensuite devenu un grand lecteur », explique Gwenaële.

Et si l’on pourrait croire que les enfants sont en manque de vie sociale, il n’en est rien selon eux : « Mes enfants rencontrent à la fois des amis scolarisés à domicile ou à l’école. Et beaucoup de nos amis leur apprennent des choses sur leur métier ou leurs passions », indique Gwenaële. Idem pour Laia, la fille de Jean-Paul : « elle a aussi beaucoup voyagé avec nous pour s’ouvrir l’esprit à d’autres cultures », explique-t-il.

Le choix de retourner à l’école s’ils veulent

Quant au niveau scolaire de ces enfants, il n’est ni meilleur ni moins bon que celui de leurs camarades qui vont à l’école, selon leurs parents : « ma fille de 10 ans a un peu de retard en grammaire, mais elle surpasse les enfants de son âge en anglais », estime ainsi Hélène. « Avec ce système, on a certainement évité à Laia de subir un système d’évaluation décourageant qui l’aurait mis en échec. Elle a confiance en elle et est très au-dessus du niveau en histoire », pense Jean-Paul. « Mon aîné de 19 ans est devenu un porte-parole de l’instruction à domicile. Il a trouvé sa voie et passe en ce moment un CAP en bâtiment », se félicite de son côté Gwenaël.

S’ils sont convaincus de l’efficacité de l’école à la maison, ces parents ne veulent pourtant pas interdire à leur progéniture de revenir dans le système classique si bon leur semble. « Chaque année je lui pose la question », indique ainsi Jean-Paul. « Ma fille a voulu être scolarisée en grande section et enCP car elle désirait découvrir ce qu’était l’école. Mais après une mauvaise expérience avec une institutrice qui criait tout le temps, elle a demandé à revenir à la maison », poursuit Hélène. Régulièrement, ces familles doivent se prêter au jeu des inspections. Un moment pas toujours facile. « C’est toujours vécu comme un stress et certaines remarques sont décourageantes », indique Hélène. Mais aucun rapport négatif n’a été rendu sur elles. « Même si nos enfants apprennent à un rythme différent et avec une autre méthode, les pièces du puzzle finissent par se mettre en place », estime Jean-Paul.