Que sont devenus les conducteurs UberPop après l'arrêt du service de chauffeurs low-cost?

TRANSPORTS La justice française a condamnée jeudi Uber France à une amende de 400.000 euros ferme pour son application controversée de transports entre particuliers UberPOP...

Laure Cometti
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Illustration: un VTC Uber.
Illustration: un VTC Uber. — Jeff Chiu/AP/SIPA

C’était la bête noire des taxis. UberPop, le service de transports entre particuliers suspendu en juillet 2015, a valu à l’entreprise californienne plusieurs procès en France. Après une condamnation à 150.000 euros d’amende pour une « pratique commerciale trompeuse » en décembre 2015, la filiale française d’Uber a de nouveau été condamnée jeudi à une amende de 400.000 euros ferme pour son application controversée accusée de « concurrence déloyale » par les taxis.

Le géant américain a suspendu UberPop en juillet 2015 après plusieurs mois de controverse. L’application lancée en février 2014 dans plusieurs villes françaises était une source de revenus pour environ 10.000 personnes devenues chauffeurs dans l’Hexagone, selon Uber. Qu’ont fait les conducteurs UberPop après l’arrêt du service ? 20 Minutes a recueilli les témoignages de trois chauffeurs de la région parisienne.

« UberPop m’a permis de changer de voie professionnelle », Ersin, 41 ans, Val-de-Marne

Ce restaurateur de la région parisienne est devenu conducteur UberPop à un moment où il « était en train de se chercher professionnellement », après avoir vendu son restaurant. « C’est un métier très dur et je voulais voir plus ma famille ». Après l’arrêt du service, il est devenu conducteur pour UberX, un service avec des chauffeurs professionnels. « J’avais senti le vent tourner et j’avais commencé une formation avant l’arrêt d’UberPop ». Une décision qui a eu un coût, puisqu’il a dû acheter une berline et suivre une formation de 200 heures payante, autour de 1.200 euros.

« Aujourd’hui, les courses occupent encore 75 % de mon temps. La moitié du temps je passe par UberX et je fais aussi des courses à mon compte, grâce à mon réseau et à la clientèle que j’ai fidélisée lorsque j’étais UberPop. Travailler uniquement avec les applis serait moins intéressant, vu les commissions ». Etre conducteur reste pour lui une solution transitoire, entre deux projets professionnels. « ça me permet de me faire un réseau et de mettre des sous de côté », affirme l’ancien restaurateur qui a récemment lancé un site de rencontres pour parents célibataires.

« J’ai perdu un certain confort de vie », Jérôme, 35 ans, Seine-Saint-Denis

Gestionnaire de proximité dans un HLM le jour, Jérôme était aussi videur la nuit, avant de s’inscrire sur UberPop. « On a pas d’obligations d’horaires et c’est moins agité », souligne ce père de famille. Pendant presque deux ans, UberPop était sa source de revenus la plus importante, « jusqu’à 3.000 euros par mois. Ça m’a permis d’emmener ma famille en vacances ».

Jérôme a été prévenu de l’arrêt d’UberPop par SMS, comme les autres conducteurs. « On l’a mal pris, mais on n’avait pas vraiment le choix ». Il s’est tourné vers Heetch. La différence, ce sont les tarifs, nettement plus bas que chez Uber et plafonnés à 6.000 euros par an, et la contrainte de n’effectuer des courses que de 20h à 6h. « J’ai quasiment divisé par deux mes revenus de conducteur », estime-t-il, déclarant gagner actuellement autour de 500 euros par semaine, à raison d’une vingtaine de courses par nuit. Il lui arrive aussi de faire des courses sans passer par une appli. « J’ai perdu un certain confort de vie… On travaille plus pour gagner moins », résume-t-il.

« Ça a été un tremplin pour créer ma boîte », Yacine, 22 ans, Val d’Oise

Yacine a utilisé UberPop de février à juin 2015. « J’avais besoin de travailler avant de créer ma société de VTC [Véhicule de tourisme avec chauffeur] avec mon père ». En faisant jusqu’à 12 courses par jour durant cinq mois, avec la voiture familiale, il a gagné « environ 7.500 euros de bénéfices nets ». De quoi financer les démarches pour se professionaliser - notamment la garantie de 1.500 euros exigée pour chaque véhicule - et la location de véhicules neufs. Sa société de VTC emploie désormais deux chauffeurs, salariés à plein-temps.

« En fait, ça m’a presque arrangé qu’UberPop s’arrête, j’ai récupéré de la clientèle », observe-t-il. Uber fait appel à sa société pour son service UberX et Yacine développe aussi sa propre clientèle, notamment auprès d’hôtels. Avec le recul, il estime que c’est « mieux de réglementer sur les VTC plutôt que n’importe qui puisse être chauffeur. Aujourd’hui j’ai un emploi fixe et je me sens tranquille vis-à-vis de la loi ». Grâce à UberPop, le jeune homme dit avoir « mieux compris » le marché des VTC : « ça a été un tremplin ».