Agnès Grossmann:«Une femme à l’aise dans sa sexualité n’est pas une "salope"»

INTERVIEW Cléopâtre, Mata Hari, la reine Margot… toutes des « salopes » ? Plutôt des femmes libres pour la journaliste Agnès Grossmann qui publie ce jeudi « Les salopes de l’histoire »…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

— 

Alors qu’une dizaine d’agents dormants russes vient d’être arrêté aux Etats-Unis, retour sur ces espions célèbres qui ont réellement existé...

Mata Hari

Cette danseuse d’origine néerlandaise née Margaretha Geertruida (Grietje) Zelle fut fusillée par la France en 1917, accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale.
Alors qu’une dizaine d’agents dormants russes vient d’être arrêté aux Etats-Unis, retour sur ces espions célèbres qui ont réellement existé... Mata Hari Cette danseuse d’origine néerlandaise née Margaretha Geertruida (Grietje) Zelle fut fusillée par la France en 1917, accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. — SIPA

Qui sont ces « salopes » qui soufflent sur l’histoire ? De Cléopâtre, qui a su mettre l’Empire romain dans son lit, à la reine Margot, qui rachetait la tête de son amant au bourreau, de nombreuses femmes ont marqué l’histoire par leur audace et, souvent, leur relation très libre avec la sexualité. La journaliste Agnès Grossmann a voulu raconter la vie de ces « salopes » dans son ouvrage Les salopes de l’histoire (éd. Acropole) publié ce jeudi.

Quelle était votre intention en écrivant ce livre, que l’on sent très militant sous un aspect historique ?

Je m’intéressais à la sexualité féminine et je voulais faire un livre sur les « salopes », ces femmes qui ont facilement accès à leur sexualité, qui bravent le regard des autres, qui « y vont ». On m’a conseillé de regarder les grandes figures de l’histoire qui étaient de vraies « salopes ». J’ai donc raconté la vie de ces femmes qui ont une sexualité forte et débridée pour montrer à quel point ces femmes à la forte libido ont de l’énergie à revendre, à quel point ce plaisir leur donne de la force et de la puissance. Aujourd’hui encore, la sexualité n’est pas très investie par les femmes, beaucoup ont une sexualité atrophiée malgré la libération féminine. La révolution sexuelle n’est pas vraiment aboutie : on nous donne le droit de jouir mais il n’y a pas tant de femmes que ça qui jouissent.

Pourquoi avoir titré sur les « salopes » alors que vous cherchez à réhabiliter ces femmes ?

C’est un titre pour se moquer de ce mot mais il faut aujourd’hui relever la tête sous l’insulte et affirmer qu’une femme à l’aise dans sa sexualité n’est pas une « salope ». Cette idée vient du 19e siècle, quand les prostituées avaient le droit de jouir et faire jouir mais les femmes ne devaient rien éprouver en couple. Les femmes dont je raconte l’histoire se servaient de leur sexualité pour réussir ou avoir du pouvoir, mais à cette époque la majorité des femmes ne travaillait pas et trouvait un mari simplement pour que quelqu’un les entretienne. Les « salopes » choisissaient une voie plus indépendante.

Comment pouvez-vous affirmer qu’elles aimaient la sexualité, et que ce n’était pas pour elles qu’une stratégie ?

Parce qu’elles le faisaient vachement bien, et quand on fait très bien les choses c’est qu’on aime ça ! J’ai choisi des femmes qui aimaient le sexe et s’en sont servi parce qu’elles étaient douées.

Pensez-vous qu’évoquer des figures historiques peut faire changer les mentalités aujourd’hui ?

Le titre un peu insolent permet de lancer un pavé dans la mare à une époque où on commence à nouveau à hypothéquer la sexualité féminine. Soyons des « salopes », assumons ce titre et vivons-le pleinement ! Il ne faut pas que la sexualité nous échappe à nouveau.