Filière djihadiste de Strasbourg: «On sait que plane sur cette audience l'ombre du Bataclan»

JUSTICE Les avocats de la défense ont livré leur plaidoiries ce mardi, pour le dernier jour du procès. Le jugement a été mis en délibéré au 6 juillet...

Florence Floux

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Quatre des sept prévenus du procès de la filière de Strasbourg, le 30 mai 2016, à Paris.
Quatre des sept prévenus du procès de la filière de Strasbourg, le 30 mai 2016, à Paris. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

On se quitte comme tout a commencé, en évoquant le 13 novembre. Après les lourdes réquisitions de lundi, la réponse des avocats des prévenus de la filière de Strasbourg jugée à Paris depuis un peu plus d’une semaine était logique. Le but en était simple : chasser l’ombre du kamikaze du Bataclan Foued Mohamed-Aggad, lui aussi passé par cette filière et frère d’un des prévenus.

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Chaque avocat a donc essayé de plaider la cause de son client, en soulignant à quel point le procès avait été éprouvant, et combien le contexte avait pesé sur les débats… et sur les réquisitions. Dix ans de détention pour les quatre prévenus du box de gauche, où se trouvaient les « barbus », contre huit ans pour les trois du box de droite, rasés de près et restés un peu moins longtemps en Syrie.

« L’incantation de toutes les peurs »

« Ce sont des réquisitions qui obéissent non pas à des valeurs, des principes, mais à ce que j’ai envie d’appeler la peur, voire même la raison d’Etat, s’est élancée Nathalie Schmelck, conseil de Mokhlès Dahbi. Ce qu’on demande de juger, ce n’est pas ce qu’ils ont peut-être fait ou ce qu’ils pourraient faire. Vous devez juger les faits. »

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L’avocate a même été jusqu’à insinuer que le jugement était couru d’avance : « Je me suis demandé pendant ce procès si ma robe n’était pas qu’une robe potiche. » Même son de cloche chez ses confrères. Martin Pradel, avocat de Banoumou Kadiakhe, a estimé qu'« on ne demande pas au tribunal de juger les prévenus, on vous demande de les neutraliser. On est dans l’incantation de toutes les peurs. »

Le « piège terrible de la terreur »

Florian Lastelle, l’un des deux avocats de Radouane Taher, en a remis une couche. « Pas un instant je n’ai pas été surpris par les réquisitions. Le ministère public est tombé dans le piège terrible de la terreur. » Xavier Nogueras n’a fait qu’enchaîner sur la même ligne, de façon détournée d’abord : « Je crois que nous sommes à la 16e chambre, plus que des magistrats, plus que des juges, plus que des avocats. Nous sommes des citoyens. Je suis un usager du métro, du Stade de France. Le soir j’enlève ma robe. »

Puis ce conseil de différents djihadistes a attaqué plus fort : « Radouane Taher est resté en Syrie 2-3 mois. Un autre reste là-bas deux ans et revient pour tuer des gens au Bataclan. On sait que plane au-dessus de cette audience un peu de l’ombre du Bataclan, parce que nous sommes humains. »

« Bon courage madame la présidente »

Le mot était donc lâché. François Cotta, avocate de Karim Mohamed-Aggad n’avait plus qu’à terminer la charge. Le conseil du frère du kamikaze a commencé fort d’entrée de jeu. « Comment faites-vous pour siéger et rendre une décision en toute objectivité ? Les journalistes se pressent ici parce qu’il y a le fantôme de Foued Mohamed-Aggad. »

Elle a poursuivi : « On demande à la justice de tout régler. Aujourd’hui on vous demande de régler la terreur. Mais je voudrais quitter cette audience en étant certaine que les organisations terroristes n’ont pas gagné. » Avant de donner le coup de grâce : « Vous êtes là, au milieu, et vous devez rendre la justice. Bon courage madame la présidente et mesdames. Nous allons maintenant décider si vous pouvez la rendre en toute indépendance et sérénité. Nous rendrons notre délibéré quand vous rendrez votre jugement. »

Rendez-vous est donc pris pour le 6 juillet.