Affaire Baupin: L’avocat de Denis Baupin dénonce les méthodes des journalistes

SOCIETE L’avocat Emmanuel Pierrat reproche aux deux journalistes ayant révélé l’affaire de ne pas avoir pris les précautions nécessaires...

A.Ch.

— 

Le député Denis Baupin
Le député Denis Baupin — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

« Je n’accuse pas, je défends. Et je suis bien peiné de devoir le faire d’abord ici plutôt qu’à la barre. » Dans une tribune publiée ce mardi par le Huffington Post, l’avocat de Denis Baupin, Emmanuel Pierrat, reproche un manque de rigueur aux journalistes de Mediapart et France Inter qui ont révélé les témoignages de femmes accusant le député écologiste de harcèlement sexuel. Pour l’avocat, « un procédé hâtif a tenu lieu de procès » à l’encontre de Denis Baupin.

Des SMS ambigus

Le principal reproche adressé aux deux reporters qui ont révélé l’affaire est de ne pas avoir obtenu des avis contradictoires : « Les e-mails envoyés par les journalistes de Mediapart et de France Inter à mon client pour recueillir son avis sont loin du compte, écrit l’avocat. J’ai considéré, après un quart de siècle de barreau, que le contradictoire, ce ne sont pas de fausses questions, larges et biaisées à charge, ne précisant ni date (sur une vie politique de trente années), ni nom d’accusatrice ou de témoin, ne décrivant aucun acte. »

Il déplore ainsi que le contenu des SMS litigieux n’ait pas été soumis à Denis Baupin ou cité dans les articles, et tout en restant « délibérément flou » pour ne pas « attenter à la vie privée de ces correspondantes », il cite quelques échanges qui laissent entendre que toutes n’étaient pas choquées ou réticentes : « Lisons un dernier échange, où une troisième accusatrice écrit, alors que Denis Baupin, au fil de leur jeu érotique à distance, lui suggère une scène : "Continue sur le registre Choderlos de Laclos (smiley)". Elle continue : "Poufffffffff chaleur… Humide". »

Plaidoirie en règle

Emmanuel Pierrat estime ensuite que la présomption d’innocence envers son client n’a pas été respectée. « Le procédé est odieux ; le résultat est épouvantable et sans doute irrémédiable », écrit-il. Il déplore que la presse se soit emparée de ces accusations sans plus de précautions et que désormais « aller à l’école chercher sa progéniture est devenu un calvaire. Les parents vous regardent tous de travers… parce qu’ils ont lu le journal et ses gros titres sans nuances. »

L’avocat part ensuite dans une quasi plaidoirie : il rappelle que de nombreuses femmes n’ont pas estimé « répréhensible » ce qu’elles ont vécu, que « des dizaines de témoins » ont été « ignorés ou négligés » par les deux journalistes, « témoins capables d’expliquer des machinations et des complots, si singuliers des partis français, et notamment des écologistes ». Emmanuelle Cosse, la compagne de Denis Baupin et ancienne secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts, avait elle aussi évoqué la possibilité d’un règlement de comptes politique, l’affaire ayant été révélée quelques jours après le départ de Denis Baupin d’EELV.

« Bien sûr, viendra le temps, lointain sans doute, des ordonnances de non-lieux, des abandons de poursuite, des condamnations pour diffamation ou dénonciation calomnieuse. Nous serons alors face à une actualité qui dira, en bas de page, que Denis Baupin est innocent. Et le mal sera fait. Par la presse, en dépit du droit », assène l’avocat.