Euro2016: Cinq conseils (et un tacle) de l'ancien patron de Scotland Yard à la France pour éviter des attentats

EURO 2016 A la veille de l’Euro, l’ancien patron anglais de l’antiterrorisme a publié lundi son analyse, quatre ans après les Jeux Olympiques de Londres…

Helene Sergent

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La police patrouille devant le stade de France à Saint-Denis le 7 juin 2015
La police patrouille devant le stade de France à Saint-Denis le 7 juin 2015 — LOIC VENANCE AFP

« Jamais, dans l’histoire des compétitions sportives internationales, la menace terroriste n’aura été si forte qu’à l’occasion de cet Euro de football 2016 ». Voilà comment Richard Walton, ancien patron de l’antiterrorisme des services de police anglais, entame son analyse publiée lundi dans la revue universitaire mensuelle CTC Sentinel.

Chargé de la sécurité des Jeux Olympiques de Londres en 2012, l’ex-policier tire les leçons de sa propre expérience et livre quelques conseils aux autorités françaises, égratignant au passage le renforcement des effectifs annoncé par Bernard Cazeneuve.

 

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  • « Se préparer à tous les scénarios »

La menace terroriste existe et la France est en première ligne. Ce constat semble désormais intégré par les autorités et la population. La question du mode opératoire en revanche suscite quelques interrogations. A ce sujet, Richard Walton détaille : « Le commandement de la lutte contre le terrorisme anglais a élaboré, testé et s’est exercé, à l’époque, à tous les scénarios imaginables : attaques aériennes et maritimes, chimiques, biologiques, radiologiques, nucléaires, cyberattaques, manifestations ou émeutes ».

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L’ancien directeur explique notamment avoir élaboré un protocole en cas d’attaques de drones chargés d’explosifs visant un stade. En France, les exercices se sont multipliés ces derniers mois dans différentes villes chargées d’accueillir une rencontre entre le 10 juin et le 10 juillet prochain, à la fois dans les stades mais aussi dans les fan-zones.

  • Cibler l’ensemble des réseaux criminels

Selon le policier britannique, « 40 % des quelques milliers d’extrémistes islamistes à travers le pays étaient impliqués dans la "petite" criminalité comme la fraude aux allocations, les infractions routières ou le trafic de stupéfiants ». En accentuant la répression de ces délits, même mineurs, l’ancien résident de Scotland Yard assure avoir placé au « chômage technique », plusieurs islamistes radicaux. En France, la question du financement du terrorisme et du rôle de la criminalité a été récemment prise en compte par le gouvernement. En mars 2015, quelques mois après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le ministre des Finances, Michel Sapin a présenté un plan d’action portant sur plusieurs volets allant d’un meilleur traçage des opérations suspectes au renforcement du gel des avoirs détenus par les acteurs du terrorisme.

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  • Investir internet et les réseaux sociaux

En 2012 déjà, les services de renseignement et les policiers anglais avaient saisi le rôle joué par les réseaux sociaux et Internet dans l’organisation, la planification et le recrutement des terroristes, explique Richard Walton : « En amont des Jeux Olympiques, nous avons renforcé nos aptitudes en matière de surveillance sur les réseaux sociaux, nous permettant notamment d’observer les usages des extrémistes et la façon dont ils diffusaient leur propagande ».

Sur le terrain du numérique, la France a sérieusement pris la mesure de l’enjeu. En janvier 2015, Manuel Valls a annoncé le renforcement des moyens dédiés à la surveillance du « cyber-djihadisme » et aux enquêtes relatives aux délits commis sur Internet. Adoptée en mai 2015, la loi sur le renseignement légalise l’utilisation des Imsi-catcher et permet de demander aux opérateurs télécoms comme aux fournisseurs d’accès internet d’installer un algorithme automatisé programmé pour déceler les connexions susceptibles de révéler « une menace terroriste », de lever l’anonymat de ces métadonnées le cas échéant.

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  • Mettre un terme aux rivalités entre les services

C’est l’éternel serpent de mer. En Angleterre comme en France, la multiplicité des services, de leurs missions et des agences étatiques chargées de la lutte contre le terrorisme complique les relations entre ces différents acteurs. Pour Richard Walton, les dissensions doivent disparaître, au moins tout au long de la compétition : « Le commandement, le contrôle et la coordination des dispositifs (…) entre les agences civiles, militaires et les ministères ont été un véritable challenge ». L’ancien patron de l’antiterrorisme détaille également toute la logistique mise en place pour faciliter la communication entre tous les agents chargés de la sécurité lors des JO 2012.

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En France, Raid, BRI, GIGN, policiers et gendarmes ont eux aussi connu des différends.Des tensions qui ont passablement irrité Bernard Cazeneuve notamment lors des attentats de janvier et novembre. Pour mettre un terme à ces rivalités, le ministre de l’Intérieur a présenté un nouveau plan d’action chargé d’améliorer la coordination entre les différentes unités d’élites susceptibles d’intervenir en cas d’attaque terroriste : « L’heure n’est pas à la concurrence des forces, mais a l’unité (…) Face à des ennemis déterminés à nous frapper en provoquant le plus de dommages possible, sans volonté de négocier et dont la propre mort fait partie de la philosophie, de la stratégie, nous avons besoin de forces performantes (…) qui travaillent les unes avec les autres et qui poursuivent les mêmes objectifs ».

  • Ne pas tout miser sur les effectifs policiers et militaires

Sur ce point, l’Anglais ne ménage pas ses critiques : « Assurer une sécurité efficace ne se résume pas au déploiement d’effectifs militaires, policiers et civils. Nous avons appris des JO 2012 qu’il était plus utile d’investir dans les outils de renseignement et dans les systèmes de commandement et de contrôle plutôt que d’envahir les rues d’uniformes (…) Contrairement aux croyances populaires, des soldats et policiers armés n’empêchent pas les attaques terroristes et ne rassurent pas forcément le public ».

Au regard de la communication fournie par les ministères autour de la sécurité de l’Euro, l’accent semble effectivement mis sur le renforcement des effectifs. Cela ne signifie pas pour autant que le renforcement de la coopération et des outils techniques et logistiques des services de renseignement sont inexistants.

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