Les inondations ont-elles entraîné une pollution des eaux?

ENVIRONNEMENT Les crues ont engendré une pollution ponctuelle de l’eau par endroits, mais la situation est maîtrisée…

O. P.-V. (avec AFP)

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Illustration inondations sur la Marne le 3 juin 2016
Illustration inondations sur la Marne le 3 juin 2016 — WILLIAM ABENHAIM/SIPA

Alors que la décrue est bien entamée (la Seine est passée sous les 5 mètres), le bilan des inondations qui ont touché l’Ile-de-France fait état d’un risque de pollution. Qu’en est-il réellement ?

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La qualité de l’eau impactée ?

« En temps normal à cette période, nous traitons 2,5 millions de mètres cubes d’eau par jour, explique Vincent Rocher, responsable expertise du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP). Entre le 29 mai et le 5 juin, la moyenne était à 4 millions par jour, avec un pic au-dessus de 5 millions le 30 mai. » Dans ces conditions, le travail a été forcément partiel : « 6 millions de mètres cubes ont été rejetés sans traitement », ajoute l’expert du SIAAP, qui précise que les premières mesures de la qualité de l’eau montrent un impact limité.

« Le niveau d’oxygénation est resté bon, de même que la concentration en azote et en phosphore. La dégradation n’a été que ponctuelle : nous avons par exemple flirté avec 1 milligramme d’amonium par litre, là où la directive européenne impose 0,5 mg/litre », expose Vincent Rocher. Un taux à relativiser, d’une part car il est revenu à la normale, d’autre part car avant 2007 et un plan de modernisation, il était en moyenne autour de 5 mg/L.

« Il y a bien eu une aggravation de la qualité de l’eau dans les fleuves, la Seine, l’Oise et la Marne, mais nous avons ajusté nos traitements et l’eau délivrée au robinet est restée parfaitement potable », rassure Véronique Heim, directrice des études au Syndicat des eaux d’Ile-de-France. L’eau de la Seine devrait retrouver son état pré-crue d’ici 3 à 4 semaines, espère Célia Blauel, adjointe à la mairie de Paris chargée de l’environnement, qui relève que l’événement ne bouleverse en rien le projet visant à y permettre la baignade dès 2024.

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Les rejets industriels évités

Une contamination par des déchets venus des industries aurait pu être à craindre. L’Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie de la Seine-et-Marne indiquait notamment vendredi que plusieurs entreprises étaient « à l’arrêt à cause de l’eau qui s’est infiltrée dans les outils de production ». Mais les gros rejets de nature industrielle ont été évités car « les événements ont été bien anticipés », notamment du côté des sites Seveso (les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs), se félicite Marc Mortureux, à la tête de la Direction de la prévention des risques au ministère de l’Environnement.

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Contactée par 20 Minutes, la préfecture de Seine-et-Marne confirme que la Direction régionale de l’environnement et de l’énergie a prévenu les sites industriels de l’arrivée des eaux, qui ont anticipé tout problème « en mettant en sécurité les dépôts de produits chimiques et les installations sensibles ».

Des stations-service sinistrées qui déversent du fuel

La pollution ne viendra donc pas des rejets industriels, mais peut-être du fuel qui s’est mêlé à l’eau dans certains sites inondés. « La station-service du supermarché est inondée et déverse des hydrocarbures dans la rivière Essonne », a par exemple expliqué au Parisien Marie-Annick Piere, la maire de la Ferté-Alais, commune de l’Essonne. L’essentiel des fuites a été observé à Nemours, en Seine-et-Marne : « La décrue a mis en exergue dans différents endroits des pollutions par les hydrocarbures, générées notamment par des débordements de cuves de particuliers et des fûts d’huiles usagés dans les garages », précise la préfecture.

L’état des lieux n’est pas encore complet, et le préfet de Seine-et-Marne a demandé le concours du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux pour effectuer des diagnostics sur les cas de pollution les plus sévères.