La «police des polices» annonce officiellement un nouvel outil pour comptabiliser les violences policières

SECURITE L'Inspection générale de la police nationale, qui présentait ce lundi son rapport d'activité 2015, en a profité pour faire quelques annonces...

Florence Floux

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Des policiers lors d'une manifestation à Paris le 26 mai 2016.
Des policiers lors d'une manifestation à Paris le 26 mai 2016. — MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

L’occasion était bien choisie. La présentation du rapport d’activité 2015 de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ce lundi a donné lieu à une annonce très à propos, en pleine polémique sur les violences policières pendant les manifestations, notamment après les événements du 26 mai.

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La directrice de l’IGPN a annoncé - officiellement cette fois - parmi les chantiers de l’année 2016 le début d’une réflexion sur un outil qui permettrait de comptabiliser les blessés et les tués lors des interventions de police, confirmant ainsi une information du Monde. « Je lisais un article sur le nombre de tués et de blessés par les forces de l’ordre aux Etats-Unis et je me suis rendu compte que nous n’avions pas ces chiffres en France », s’est étonnée Marie-France Monéger-Guyomarc’h, la patronne des « bœuf-carottes ».

« C’est quoi un blessé ? »

Le but est de remédier à cette « lacune », comme l’a elle-même nommée celle qui a dirigé la brigade des stups de Nice (Alpes-Maritimes) et la section criminelle d’Angers (Maine-et-Loire). Pour le moment, le projet n’en est qu’au stade des premières réunions de travail. L’annonce est accueillie favorablement par l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), qui publiait en mars un rapport sur les violences policières et dénonce régulièrement l’opacité policière sur le sujet. « C’est positif mais nous trouverions déjà bien que l’IGPN communique sur le nombre de plaintes enregistrées pour des violences policières. Ça, c’est facile à comptabiliser. Et surtout, comment les blessures seront-elles comptabilisées par ce nouvel outil ? » interroge Pierre Motin.

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D’après Le Monde, qui publiait des extraits d’un e-mail envoyé en interne à toutes les directions centrales, les victimes ne seraient prises en compte qu’à partir d’une durée d’ITT supérieure à 20 jours. « Il faut vraiment faire attention à ce que ce ne soit pas ces critères qui soient retenus. D’autant plus que les durées d’ITT peuvent varier selon les médecins », estime Pierre Motin. D’après Marie-France Monéger-Guyomarc’h, la réflexion est actuellement en cours : « Il faut qu’on sache exactement ce qu’on veut compter. C’est quoi un blessé, par exemple ? »

Quarante-huit enquêtes en cours après les manifestations

Autant de questions auxquelles il faudra répondre, tout en résolvant les problèmes d’ordre technique. « On est en plein dedans en ce moment, commente la directrice de la "police des polices". Nous avons quelques petits problèmes techniques. » Si la directrice de l’IGPN assure que cet outil est utile pour améliorer la transparence, elle ne se fait pas d’illusions sur les débuts : « On sait qu’il faudra du temps pour que l’outil se stabilise. Il n’y aura pas de grandes leçons à en attendre la première année. »

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La réflexion devrait avoir avancé d’ici la fin de l’année. « En octobre ou en novembre, on saura ce qu’on veut faire », a conclu la directrice de l’IGPN. Avant de rappeler que 48 enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour violences depuis le début du mouvement social contre la loi El-Khomri.