Inondations: «Plus le temps passe, plus je découvre les dégâts »

TEMOIGNAGES DE SINISTRES Les maisons, comme les commerces, ont été endommagés par l’eau…

Delphine Bancaud avec l'aide de Charlotte Murat

— 

Une boutique à Nemours. 03/06/2016. Credit:Vincent Loison/SIPA/
Une boutique à Nemours. 03/06/2016. Credit:Vincent Loison/SIPA/ — SIPA

Alors que l’heure est à la décrue dans plusieurs régions touchées par lesinondations, les sinistrés se remettent à peine du choc qu’ils ont subi. C’est le cas d’Hassen, 31 ans, qui vit à Longjumeau (Essonne) et qui a vu l’appartement qu’il occupe avec ses parents et son frère au rez-de-chaussée d’un immeuble, être envahi par l’eau jeudi dernier. « Ça a été téellement rapide que l’on n’a pas eu le temps de préparer des affaires à emporter. Ma famille a été évacuée tout de suite, mais moi j’ai décidé de rester dans les lieux jusqu’au soir, pour tenter de limiter la casse et de protéger ce qui pouvait l’être », raconte-t-il à 20 minutes.

L’eau est montée jusqu’à 40 centimètres et Hassen a découvert les ravages qu’elle a causés dimanche lorsqu’il a finalement pu regagner son domicile. « J’en ai pleuré. Je ne suis propriétaire de mon appartement que depuis quelques mois et j’avais tout refait à neuf et là tout est saccagé. Plus le temps passe, plus je découvre les degâts », raconte-t-il. Son frigo est mort, tout comme son ballon d’eau chaude, son parquet gondole, le bois des meubles a gonflé, les plaintes de murs commencent à tomber… Et les pertes sont aussi sentimentales : « mes classeurs photos étaient sous mon lit, ils ont tous pris l’eau », poursuit-il.

Dans son malheur, Hassen a quand même pu compter surla solidarité : « La mairie m’a fourni de la nourriture et des vêtements. Elle m’a aussi aiguillé dans mes démarches », explique-t-il. Ses voisins et sa famille l’ont aussi aidé à faire le ménage dans son appartement. « Mais je ne peux pas jeter les affaires abîmées, je dois attendre que l’expert en assurances passe pour évaluer les dégâts », raconte-t-il. En attendant, Hassen a dû reprendre le travail : « je n’ai pas le cœur à ça, mais je n’ai pas le choix », confie-t-il, épuisé. Car lors de sa première nuit passée chez lui après la catastrophe, il a difficilement fermé l’œil. « Ça sentait mauvais et j’ai peur que mon appartement soit bientôt infesté de champignons », ajoute-t-il.

« L’eau est montée jusqu’à 70 centimètres »

Estebane, un lycéen de Nemours (Seine-et-Marne) a connu aussi une grosse frayeur mercredi dernier, quand la maison familiale, a pris l’eau. « Un des bras du Loing passe dans notre jardin, donc on a été parmi les premiers touchés dans la ville. Et l’eau est montée jusqu’à 70 centimètres. On n’avait plus d’électricité ni accès à l’eau potable », raconte-t-il. Avec ses parents, ils ont déplacé un maximum de choses à l’étage. « Mais on a quand même perdu un congélateur, un frigo, un lave-vaisselle et quelques meubles », décrit-il. Sa famille a été évacuée le mercredi par les pompiers : « circuler en barque dans Nemours, c’était plutôt cocasse », relativise-t-il. Après avoir trouvé refuge chez des amis, la famille a finalement regagné sa maison. « Mais elle était plein de boue et il flottait une odeur d’hydrocarbure dans l’air », raconte-t-il. Depuis, le jeune homme doit tenter coûte que coûte de se remobiliser pour préparer son bac français. « Mais ce n’est pas évident car cet épisode m’a un peu chamboulé, même si on a eu plus de peur que de mal », tempère-t-il.

A Nemours aussi, Fanny, 30 ans, a payé un plus cher tribu des inondations. Car ses deux boutiques de prêt-à-porter ont été inondées dès mercredi. « La mairie nous avait prévenus la veille et on avait surélevé ce qui pouvait l’être à un mètre du sol. Mais on a été surpris par l’ampleur de la crue », raconte-t-elle. Au final, ses boutiques ont été inondées par 50 centimètres d’eau. « Depuis 70 ans que la famille détient ces deux commerces, c’est la première fois que l’eau a fait irruption dedans », s’exclame-t-elle. Lorsqu’elle y est revenue deux jours plus tard, Fanny n’a pu qu’observer un décor désolant. « Il y avait de la boue partout, le parquet flottait dans une des boutiques et dans l’autre, le carrelage bougeait, certains vêtements étaient mouillés et les autres sentaient mauvais », décrit-elle. Alors Fanny attend avec impatience le passage del’expert. « Les mois étaient déjà difficiles pour le commerce, mais là, la situation est devenue grave », avoue-t-elle. Ses salariés vont être mis en chômage partiel et Fanny a déjà demandé à ses fournisseurs de différer leurs prélèvements. « Il faut vraiment que les assurances aillent vite », insiste-t-elle

« Je suis en train de perdre mes plus gros clients »

Un souhait partagé par Christelle, 37 ans, qui a vu sa maison et son atelier de marquage industriel et artisanal à Dammarie-les-Lys ( Seine-et-Marne), se recouvrir de 8 centimètres d’eau. Si les dégâts ont été faibles à son domicile, il n’en est pas de même dans son atelier. « Pourtant j’ai pompé pendant plusieurs jours, deux sceaux de 6 litres toutes les dix minutes », raconte-t-elle. Impossible de déplacer ses machines professionnelles dont la plus lourde pèse 1,5 tonne. Du coup, elles ont pris l’eau par le bas. « Il me faut 300.000 euros pour les remplacer et j ’ai déjà perdu 5.000 euros de chiffre d’affaires. Je suis en train de perdre mes plus gros clients et je crains qu’ils ne reviennent jamais », se désole-t-elle.

>> A lire aussi : Inondations: «Lorsqu'on perd des objets auxquels on est attaché, on fait le deuil d'une partie de son passé»

Alain, gérant d’un bar-tabac-restaurant à Longjumeau craint aussi pourla pérennité de son entreprise. « Il faut que les assureurs bougent vite pour qu’on puisse continuer, sinon je ne pourrais pas garder mes salariés », explique-t-il. Son établissement avait déjà pâti des travaux réalisés dans la ville qui avaient eu des répercussions sur la fréquentation de son bar. « Là c’est le coup de grâce », estime-t-il. Car l’eau s’est infiltrée dans les caves à partir de mercredi dernier, détériorant au passage les pompes à bière, les frigos, le ballon d’eau chaude, le monte-charge. « On a essayé de vider l’eau avec une pompe mais ça ne servait à rien. Ce sont les pompiers qui ont continué le boulot », décrit-il. Ce lundi, il a quand même ouvert le bar, « mais servir des cafés, ça ne remplit pas la caisse », déplore-t-il.