Fabienne Boulin: «Je demande une reconstitution des faits sur la mort de mon père»

INTERVIEW De nouveaux témoins entendus par la juge d’instruction accréditent la thèse de l’assassinat de Robert Boulin…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

— 

Fabienne Boulin assure depuis des années que son père, Robert Boulin, a été la cible d'un «assassinat politique».
Fabienne Boulin assure depuis des années que son père, Robert Boulin, a été la cible d'un «assassinat politique». — BORIS HORVAT / AFP

Il avait la tête « hors de l’eau. Ce qui n’est pas courant pour un noyé… » De nouveaux témoins entendus par la juge d’instruction Aude Montrieux, depuis décembre, accréditent la thèse de l’assassinat de Robert Boulin, comme le révèlent, ce mardi, 20 Minutes et France Inter.

>> Exclusif : De nouveaux témoins accréditent la thèse de l’assassinat de Boulin

Ministre du Travail de Raymond Barre, Robert Boulin avait été découvert mort, le 30 octobre 1979, dans cinquante centimètres d’eau de l’étang du Rompu, en pleine forêt de Rambouillet (Yvelines). En 1991, la justice avait rendu un non-lieu, estimant que le ministre s’était suicidé après avoir été mis en cause dans un scandale immobilier.

Le cadavre de Robert Boulin, découvert le 30 octobre 1979.
Le cadavre de Robert Boulin, découvert le 30 octobre 1979. - LAURENT XYZ/SIPA

Mais à force d’abnégation, Fabienne Boulin, sa fille, a obtenu, en septembre 2015, l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire pour « assassinat ». Chargée de cette enquête à Versailles, la juge Aude Montrieux a entendu de nouveaux témoins qui penchent, eux aussi, pour la thèse de l’assassinat. Fabienne Boulin réagit pour 20 Minutes à ces nouveaux éléments.

Les premiers témoins entendus par la juge accréditent la thèse de l’assassinat de votre père. Comment accueillez-vous ces nouvelles révélations ?

Trente-six ans après les faits, on voit bien qu’il y a encore beaucoup de matière. Ces témoins n’avaient jamais été entendus. Ils n’ont aucun parti pris et ils nous apprennent deux choses de façon claire. D’abord que mon père a été assassiné. Et surtout que sa mort a été mise en scène.

Qu’est ce qui vous fait dire ça ?

Les propos du médecin réanimateur qui a vu le corps de mon père. Il confirme que mon père avait la tête hors de l’eau quand il a été découvert. Et que son visage portait des traces de coups. Il n’y a plus de doute.

Le corps de Robert Boulin, le 30 octobre 1979.
Le corps de Robert Boulin, le 30 octobre 1979. - LAURENT XYZ/SIPA

Qui aurait mis en scène sa mort ?

Une «clique»’ qui se croit au-dessus des lois. On a assassiné un homme qui allait devenir Premier ministre car il était devenu gênant. Pendant des années, tout cela a été caché. Des personnes se sont présentées à la justice et on n’a jamais pris leurs témoignages. Ils peuvent enfin livrer leur vérité.

>> Chronologie : Retour sur la mort de Robert Boulin

Que réclamez-vous désormais ?

Je demande maintenant officiellement une reconstitution des faits sur la mort de mon père. Cela n’a jamais été fait en trente-six ans. Or, cela permettrait de montrer l’impossibilité de la thèse officielle du suicide. Ce qui m’inquiète, c’est cette «clique»’. J’ai peur qu’elle ne soit toujours en lien avec le pouvoir et qu’elle ne freine les avancées de l’enquête.

Cela vous inquiète ?

Ma volonté est que la justice passe. Je suis toujours dans le combat et l’énergie même après autant d’années. C’est mon état d’esprit et je n’en changerai pas. J’irai jusqu’au bout !