Cours d'arabe au CP: «Dans le supérieur, l’enseignement de l’arabe n’est pas du tout stigmatisé»

INTERVIEW La sociologue Marie Duru-Bellat revient sur la polémique soulevée par la possibilité d'enseigner l'arabe dès l'école primaire ...

Caroline Politi

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A partir de la rentrée 2016, l'arabe pourra être enseigné dès le CP.
A partir de la rentrée 2016, l'arabe pourra être enseigné dès le CP. — Kamal Mouhanna, Mohamad AL GHANDOUR, Linda Abi Assi AFPTV

Dès la rentrée 2016, la première langue vivante sera étudiée à partir du CP. Si dans l’immense majorité des cas, le choix se portera sur l’anglais, quelques écoles proposeront l’apprentissage de l’espagnol, de l’allemand, de l’italien ou encore de l’arabe. Depuis son annonce, l’introduction de cette dernière ne cesse de susciter la polémique : la député Les Républicains Annie Genevard a dénoncé une « langue communautaire ». Des propos repris par Bruno Lemaire. « L’apprentissage de l’arabe au CP mènera droit au communautarisme », a déclaré lundi le candidat à la primaire de droite. Comment expliquer une telle stigmatisation de l’arabe ? Les explications de Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des inégalités dans le système scolaire.

Pourquoi l’enseignement de l’arabe est-il mal perçu en France ?

C’est un peu le même débat que pour l’enseignement de l’allemand : lorsque des parents inscrivent leurs enfants dans des classes germaniques, c’est avant tout pour l’environnement. Ils ne choisissent pas la langue la plus utile mais les élèves qui l’apprennent sont traditionnellement les meilleurs. On a d’ailleurs vu l’enseignement de cette langue s’effondrer lorsque les élèves ont été dispatchés dans différentes classes. C’est exactement le même mécanisme pour l’arabe : les parents rechignent à choisir ce cours parce qu’ils ne veulent pas que leurs enfants soient dans des classes avec en majorité des enfants d’immigrés.

C’est donc le signe d’un racisme latent ?

Oui, mais pas uniquement. Les études ont montré que les enfants d’origine étrangères ont un niveau scolaire plus bas que les autres. Ce n’est pas lié à l’origine des familles mais à la pauvreté. A niveau socioprofessionnel égal, les enfants d’immigrés réussissent aussi bien que les autres, voire parfois mieux.

N’y a-t-il donc pas de mixité dans ces classes d’arabe ?

Dans le primaire et le secondaire, peu. La mixité apparaît plus tard : dans le supérieur, l’enseignement de l’arabe n’est pas du tout stigmatisé. Au contraire, il est proposé dans les écoles de commerce, à Sciences Po… Tout simplement parce que la sélection a déjà eu lieu.

Pourquoi l’enseignement d’autres langues, notamment le chinois, ne suscite pas les mêmes réactions ?

La Chine est aujourd’hui l’une des plus grandes puissances économiques mondiale. L’apprentissage de cette langue est donc perçu comme un atout pour les familles. Les pays du golfe sont également très riches mais leur dépendance au pétrole ne leur confère pas le même statut.

Est-ce une bonne chose de faciliter l’enseignement de l’arabe dans les petites classes ?

Il ne faut pas enfermer les enfants dans leur culture d’origine : cet apprentissage doit rester un choix et doit être ouvert à tous. Exactement comme l’enseignement de l’espagnol ou de l’italien. Il faut absolument veiller à ne pas faire de ces classes des ghettos.