Réfugiés: Un an après l’évacuation du camp de la Chapelle, «la situation est encore plus dure»

PORTRAIT Fathi, journaliste menacé au Soudan est arrivé en France au début de l’année 2015. Présent sous le métro aérien lors de l’évacuation du camp de la Chapelle il y a un an, sa situation ne s’est guère améliorée depuis...

Helene Sergent

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Fathi, 35 ans, a dormi un temps sous le métro aérien de la Chapelle. Depuis, il cherche toujours à obtenir son statut de demandeur d'asile.
Fathi, 35 ans, a dormi un temps sous le métro aérien de la Chapelle. Depuis, il cherche toujours à obtenir son statut de demandeur d'asile. — H.Sergent/20minutes

« Une prison à ciel ouvert ». Les mots sont durs mais c’est ainsi que Fathi, exilé soudanais de 35 ans, décrit ses conditions d’hébergement et de viedepuis l’évacuation du camp installé à La Chapelle, dans le nord de la capitale, le 2 juin 2015. Un an après, que s’est-il passé pour ce journaliste engagé, menacé de mort et incarcéré par les autorités de son pays d’origine ?

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La barrière de la langue

« La situation est encore plus dure, plus noire », entame le jeune homme qui loge avec deux autres réfugiés dans un petit studio, prêté pour quelques nuits, par une amie d’ami.Sur l’évacuation et son quotidien sous le métro aérien, Fathi ne s’épanche pas : « C’était trop mauvais, je ne veux pas m’en souvenir ». Diabétique, son état de santé était instable mais il n’a pas pu bénéficier d’un réel suivi en dépit de sa CMU (Couverture Maladie Universelle) : « Je ne parle pas français, on m’a dit ‘débrouille-toi’! », explique-t-il en arabe à Houssam, l’un des membres du Comité de soutien aux migrants de La Chapelle, qui l’épaule pour la traduction. Au-delà de l’hébergement, de la régularisation de sa situation, de sa maladie, la barrière de la langue revient constamment dans le récit de cette année de combat pour obtenir des droits. En décembre dernier, Fathi a déposé une demande auprès de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Refusée, comme 76 % des premières demandes d’asile en 2015.

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« Ça a été un choc psychologique. Je l’ai ressenti comme une négation de ce que j’avais vécu dans ma chair ». En cause, stipule notamment le document émanent de l’office - uniquement rédigé en Français - « des propos convenus et peu personnels ». Si Fathi a fait appel de cette décision auprès de la CNDA (Cour nationale du droit d’asile), sa situation reste bloquée. Et sans la langue, l’accès à l’information et à ses droits prend beaucoup de temps : « C’est injuste, quand les autorités ont besoin de nous, ils font en sorte qu’un traducteur soit présent, mais quand on a besoin d’une information, d’un détail, d’aide, il n’y a jamais d’interlocuteur ». Aujourd’hui, Fathi se rend cinq jours sur sept à des cours de Français dispensés par des étudiants de l’ENS (Ecole Normale Supérieure).

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Une mobilisation indispensable, en perte de vitesse

Pour autant depuis un an, Fathi n’est pas seul. Sans femme ni enfant, « heureusement, au regard de mes conditions de vie » précise le Soudanais, il a su trouver de précieux relais au sein des collectifs présents aux côtés des réfugiés,à l’image de La Chapelle Debout : « J’ai tiré une leçon de cette année passée, ce dont tu rêves ne se réalise jamais. Mais l’une des raisons qui fait que ce rêve ne meurt pas, c’est le soutien de la société civile ». Aujourd’hui logé dans un hôtel social du 17e arrondissement, Fathi a passé 5 mois dans un centre d’hébergement d’urgence appartenant à Emmaüs Solidarité : « C’était sale, on avait le droit d’utiliser les toilettes et les douches qu’à certaines conditions », se remémore le journaliste.

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S’il se refuse à rêver simplement pour lui-même et émet le souhait d’une amélioration de la situation géopolitique du Soudan, le jeune homme mesure le poids de la mobilisation citoyenne dans l’amélioration des conditions d’accueil des réfugiés : « Erythréens, Soudanais, on a beau répéter et expliquer que pour 100 réfugiés arrivés, 400 sont morts en voulant venir ici, les oreilles s’habituent à tout. En un an, l’intérêt et la mobilisation ont baissé ». Derrière ses lunettes carrées, Fathi veut démontrer à l’Etat Français et à tous ceux qui se méfient des réfugiés qu’un partage est possible : «  La misère ne s’arrête pas aux frontières, ceux qui souffrent trouveront toujours un chemin, même si c’est le chemin de la mort. L’Etat semble partir du principe que nous sommes là pour prendre sans apporter. On va tenter de prouver le contraire ».