Intempéries: Musées et châteaux s'inquiètent de la montée des eaux

INONDATIONS Après le château de Chambord encerclé par les eaux depuis mercredi, plusieurs monuments parisiens sont également menacés…

Caroline Politi

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Le château de Chambord sous les eaux.
Le château de Chambord sous les eaux. — A. LEBOUTEY/DOMAINE NATIONAL DE CHAMBORD/AFP

Lors de la construction du château de Chambord (Loir-et-Cher), François Ier avait sommé ses architectes de détourner la Loire pour l’emmener au pied du bâtiment. Il avait finalement abandonné le projet devant le coût pharaonique de tels travaux. Quelque 500 ans plus tard, son vœu a été exaucé. Depuis mercredi, le monument, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est encerclé par les eaux à la suite des violentes intempéries. Pour l’heure, seuls les jardins et la cour du château sont inondés mais le rez-de-chaussée est également menacé. « L’eau commence à entrer dans le bâtiment par capillarité, il y a une flaque au niveau du sol de la billetterie », note le directeur général du musée, Jean d’Haussonville. Elle s’infiltre également par plusieurs portes du côté nord du musée.

Si le château lui-même et la collection, exposée dans les étages, ne risquent rien, les dégâts dans le parc de quelque 5.500 hectares sont considérables. « Plusieurs bâtiments ont été endommagés, explique le directeur du musée, un pan de mur centenaire s’est effondré, la digue d’un étang a rompu… » Pour l’instant, difficile d’estimer les dommages car l’eau continue de monter et la situation pourrait empirer. Chaque journée de fermeture coûte environ 20.000 euros, auxquels s’ajoutent les travaux de réfection : 1.000 euros par mètre de mur endommagé, jusqu’à 100.000 euros pour la réparation du système électrique, sans compter les routes détruites…

« C’était un tsunami »

Si tous les regards sont braqués sur les châteaux de la Loire, d’autres musées du département ont également fait les frais descrues de ces derniers jours. A Romorantin, le rez-de-chaussée du musée de Sologne est inondé malgré de multiples protections – pompes, portes étanches métalliques, batardo… « On a l’habitude des crues, mais là, c’était un tsunami, on ne pouvait pas lutter », se lamente Martine Vallon, sa directrice. Elle avait pourtant anticipé la violence des orages en doublant toutes les protections et en mettant la collection à l’abri dans les étages.

A quelques dizaines de mètres de là, le musée Matra, spécialiste de l’automobile, n’a pas eu cette chance. Trente voitures de collection et prototypes d’étude baignent à présent dans un mètre d’eau. Soit près d’un tiers de la collection de ce musée de Romorantin, construit au bord de la Sauldre. « L’eau est montée si vite qu’on n’a pas pu sortir ces modèles. On a essayé de les surélever avec des parpaings mais étant donné le rythme de la crue, c’était impossible de rivaliser », se désole le directeur technique de l’établissement, Christophe Gonny.

Les musées parisiens menacés

Alors que la hauteur de la Seine a franchi la barre des cinq mètres ce jeudi à midi, l’inquiétude gagne désormais les musées parisiens. Même si une crue comparable à celle de 1910 semble aujourd’hui exclue, l’eau devrait encore monter dans la capitale pour atteindre six mètres. «A priori, il n’y a pas de risques d'inondation pour cet épisode pluvieux mais la qualité des oeuvres conservées dans ces musées est telle que le principe de précaution prévaut », explique la géographe Magali Reghezza, auteur de Paris coule-t-il ? (Fayard, 2012).

Le musée d'Orsay a annulé ce jeudi sa nocturne et mis en place une cellule de crise: si la Seine dépasse 5,5 mètres, les œuvres seront déplacées dans les étages. Moins d'une heure plus tard, le Louvre a annoncé sa fermeture vendredi pour évacuer ses réserves : entre 220.000 et 250.000 œuvres d’art sont entreposés dans le sous-sol du musée. 

Depuis une quinzaine d'années, tous les musées se sont dotés d'un plan d'action. « Rien n'est laissé au hasard car chaque oeuvre doit être traitée différemment: certaines seront déplacées dans les étages ou dans des bâtiments annexes, d’autres trop anciennes ou fragiles pour être transportées seront protégées sur place », explique la géographe. Le système de protection sera également renforcé en cas de coupure électrique pour éviter les vols. Reste que la mise en place d’un tel processus prend plusieurs jours : au musée d'Orsay, 96 heures sont nécessaires pour mettre à l'abri les oeuvres. «Il est indispensable d'anticiper les crues car une erreur de 10 cm peut faire d'importants dégâts.»