Inondations: Quelles conséquences sur les villes et les champs?

INTEMPERIES Les récoltes, notamment dans le Loiret, vont pâtir de ces inondations, alors que les dégâts à Paris devraient être plus limités...

Olivier Philippe-Viela

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Bord de la Seine, à Paris, le 1er juin 2016.
Bord de la Seine, à Paris, le 1er juin 2016. — Xavier Francolon/SIPA

Une partie de la France s’est réveillée les pieds dans l’eau ce mercredi matin, à cause des fortes précipitations qui ont provoqué la crue de plusieurs cours d’eau. Dans le Loiret, placé en vigilance rouge «  inondations », les conséquences de ces intempéries vont notamment se faire ressentir sur l’agriculture.

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S’il n’y a évidemment pas de bon moment pour une inondation, celles-ci tombent particulièrement mal pour le secteur agricole, à la période des cultures de printemps (maïs, betterave par exemple). Les graines ont été semées récemment et certaines commençaient tout juste à germer. « La particularité de ce secteur est sa saisonnalité, et à cette période, de tels événements font beaucoup plus de dégâts qu’en hiver. Je pense notamment à la filière céréalière ou aux maraîchages, dont la production est très sensible », explique Nicolas Bauduceau, agronome et directeur scientifique du Centre européen de prévention du risque d’inondation.

Ses inquiétudes sont confirmées par Xavier Girard, responsable agronomie à la chambre d’agriculture du Loiret, qui dresse un premier état des lieux dans son département : « Beaucoup de gens ont été inondés, nous sommes encore en train d’estimer les dégâts. Certains agriculteurs avaient fauché leurs foins et ont perdu leur récolte sous l’eau. D’autres nous ont signalé des accidents de verse, c’est-à-dire que leurs plantes se sont retrouvées couchées au sol, ce qui engendrera une perte de rendement et de qualité. » Ces dégâts auront aussi une incidence directe sur les éleveurs, qui nourrissent leur bétail avec cette production : les pertes de maïs impacteront notamment l’alimentation de la filière bovine. « Quelques bâtiments d’élevage ont d’ailleurs été inondés et ont nécessité d’évacuer les animaux », ajoute Xavier Girard.

Le Loiret a subi des épisodes de pluies ces dernières semaines, et les sols étaient de fait déjà gorgés d’eau, ce qui rend encore plus difficile leur capacité à absorber les précipitations actuelles. « Dans les sols argileux, il faudra au moins huit à dix jours pour revenir à la normale. Les sols sableux iront plus vite, mais le Loiret est couvert par nettement plus de sols argileux… », précise Xavier Girard, qui souligne néanmoins que peu de phénomènes d’érosion des sols - qui entraîne des pertes de terres arables - ont été constatés. « La crue a été lente, elle a mis quelques jours à monter, elle mettra donc quelques jours à descendre », prévient Nicolas Bauduceau.

Loin du niveau de la crue de 1910

Si les terrains agricoles vont être sévèrement impactés, les zones urbaines s’en sortiront mieux. « Ces crues en Ile-de-France sont inhabituelles, notamment car toutes les petites rivières franciliennes sont susceptibles de déborder, mais ce n’est pas comparable à la fameuse crue de 1910 à laquelle on fait référence depuis quelques jours », précise Ludovic Faytre, responsable « risques » à l’ Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France.

La Seine avait alors atteint 8,62 mètres. Ce mercredi matin, elle était à 4,10 mètres, et pourrait atteindre 5,2 mètres selon les estimations, loin du record de la « crue du siècle » donc. D’autant qu’un exercice de prévention de grande ampleur avait été réalisé début mars 2016 afin de vérifier l’efficacité des dispositifs anti-inondations, comme les digues du bord de Seine.

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Paris et sa région ne sont pas pour autant à l’abri des dégâts : « Il n’y a pas un grand enjeu systémique, mais il peut y avoir des dommages directs sur les habitations et le réseau électrique, des ruptures de voiries et de transports ferrés », décrit Ludovic Faytre. « Les gestionnaires du réseau RATP sont prêts pour ça, explique Carina Furusho-Percot, spécialiste des prévisions de crues à l’IRSTEA (Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture). Ce type d’inondation est anticipé trois jours à l’avance à Paris, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir. »

La Seine devrait mettre quelques jours à retrouver son niveau habituel de deux mètres : « Les aménagements urbains peuvent avoir un impact non-négligeable sur la période de submersion. Nous avons notamment les digues, qui ralentissent la décrue en cas de surverse, ainsi que l’imperméabilisation du sol qui ralentit l’infiltration de l’eau. Si la pluie s’arrêtait maintenant, comme les bassins sont en amont, l’eau descendrait assez vite, mais il continue de pleuvoir », ajoute Carina Furusho-Percot. « La décrue peut prendre quelques jours, mais elle ne durera pas non plus deux semaines », conclut Ludovic Faytre.