Filière djihadiste de Strasbourg: «On risque notre vie pour rentrer de Syrie et on nous traite de terroristes»

JUSTICE Karim Mohamed-Aggad est revenu ce mardi sur les raisons qui l’ont poussé à partir en Syrie, lors du procès à Paris de la filière de Strasbourg…

Florence Floux

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Quatre des sept prévenus du procès de la filière de Strasbourg, le 30 mai 2016, à Paris.
Quatre des sept prévenus du procès de la filière de Strasbourg, le 30 mai 2016, à Paris. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

On ne l’avait pas beaucoup entendu lors de la première audience du procès de la filière de Strasbourg qui s’est ouvert lundi à Paris. Pour ce deuxième jour, Karim Mohamed-Aggad s’est rattrapé. S’il s’est montré peu disert sur les questions concernant sa personnalité, grâce auxquelles on a notamment appris que le jeune homme de 27 ans a enchaîné les petits boulots après avoir raté plusieurs diplômes, qu’il a été fiancé pendant cinq ans à une fille qui ne voulait pas le suivre en Syrie et qu’il est passionné de football, il a été beaucoup plus volubile sur la suite.

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Très enclin à parler, Karim Mohamed-Aggad tient pourtant des propos qui peuvent laisser penser qu’il ne voit pas ce qu’on lui reproche. Jugé en même temps que six autres prévenus pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme, le frère de Foued Mohamed-Aggad, kamikaze du Bataclan issu de la même filière de recrutement de djihadistes, a affirmé ne pas savoir « où est sa place ». « On risque notre vie pour revenir de Syrie, là-bas on nous traite d’apostats. On rentre ici et on nous traite de terroristes », s’est-il emporté.

« Je suis quelqu’un qui rigole beaucoup »

Celui qui s’impose depuis lundi comme la « forte tête » du groupe de sept estime avoir « une pratique religieuse tout à fait normale » et ne pas connaître « grand-chose à la charia », un concept « plus présent en Arabie saoudite ». Il affirme être parti en Syrie en 2013 pour combattre le régime de Bachar al-Assad. Pas de djihad religieux donc, explique Karim Mohamed-Aggad, qui indique que ce n’est pas la religion qui l’a poussé à partir.

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Interrogé par la présidente sur des conversations à charge intervenues avant son départ pour la Syrie en décembre 2013, notamment avec son ami et co-prévenu Radouane Taher, il invoque l’humour.

« Pourquoi dites-vous en parlant de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) "je les nique" ?

- C’était purement ironique, répond Karim Mohamed-Aggad, qui confie au micro être « quelqu’un qui rigole beaucoup. »

« Mdr, le prochain tir, ce sera sur de vraies cibles en mouvement, lol »

Pressé de répondre à d’autres questions portant sur d’autres de ses répliques, il signale que « toutes ses phrases se terminent par mdr ou lol », preuve de l’humour dont elles seraient empreintes. « Cette phrase aussi c’est de l’humour alors ? » s’enquiert la présidente avant de lire : « Mdr, le prochain tir, ce sera sur de vraies cibles en mouvement, lol. » Karim Mohamed-Aggad confirme.

Parfois pourtant, le prévenu botte en touche, affirmant ne pas se souvenir ou ne pas savoir. Sur des vidéos de propagande djihadiste notamment, dont les célèbres 19HH (le titre serait une référence aux 19 terroristes du 11-Septembre, les deux H figurant les tours jumelles du World Trade Center), d’Omar Omsen. « Que signifie 19HH ? » questionne la présidente. « Aucune idée », répond Karim Mohamed-Aggad quand Mokhlès Dahbi lance un timide « histoire de l’humanité, je crois ».

Pas de Mourad Farès

Les rencontres avec le recruteur Mourad Farès, aujourd’hui incarcéré, laissent également perplexes. Lorsqu’on lui demande pourquoi le recruteur n’autorisait pas les téléphones portables lors de leurs réunions, Karim Mohamed-Aggad répond que celui-ci « avait peur des infiltrés ». « Pourquoi ? » interroge la présidente. « Il pensait être suivi », réplique Mohamed-Aggad. « Par qui ? » poursuit la présidente. « Ah ça, je sais pas », assure le prévenu, qui finit un peu plus tard par rétorquer que c’est à Mourad Farès qu’il faut poser ses questions.

Françoise Cotta, l’avocate de Karim Mohamed-Aggad saisit alors l’opportunité d’interpeller le tribunal sur l’absence de celui qui est présenté comme le recruteur de la bande des sept. « Monsieur Farès aurait pu nous éclairer », déplore le conseil, dont Eric Plouvier, avocat de Miloud Maalmi se fait l’écho : « Il suffit que le procureur signe une demande d’extraction pour que dès demain Monsieur Farès vienne nous donner des explications. » Réponse négative du procureur.

Les débats se poursuivront donc en son absence.

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