Procès de la filière djihadiste de Strasbourg: Aller en Syrie «dans un but humanitaire»

JUSTICE Les sept prévenus du procès de la filière de recrutement de djihadistes sont revenus sur leurs motivations ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris…

Florence Floux

— 

Quatre des sept prévenus du procès de la filière de Strasbourg, le 30 mai 2016, à Paris.
Quatre des sept prévenus du procès de la filière de Strasbourg, le 30 mai 2016, à Paris. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

« C’est une histoire de foot et de chicha. » Mokhlès Dahbi a résumé en ces mots la constitution du groupe qui va devenir la « filière de Strasbourg », lors de l’ouverture du procès, ce lundi à Paris. Ils sont sept à être jugés pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme, pendant plus d’une semaine.

>> A lire aussi : La filière de Strasbourg devant la justice

Un à un, les prévenus sont revenus lors de cette première audience sur leur parcours : études, travail, occupations, amis… D’un côté de la salle, les trois amis d’enfance : Miloud Maalmi, Mokhlès Dahbi et Banoumou Kadiakhe, en chemises et pulls, rasés de près. De l’autre, quatre autres amis : Radouane Taher, Karim Mohamed-Aggad - frère du kamikaze du Bataclan - et les deux frères Mohamed et Ali Hattay, barbes fournies pour la plupart et entretenues, cheveux plus ou moins longs soigneusement coiffés en arrière.

« Combattre le régime d’Assad »

Des années avant leur départ en Syrie, en décembre 2013, c’est une petite bande strasbourgeoise banale qui se dessine. Des difficultés à l’école, à l’exception de quelques-uns, pas de vocation, une passion pour le football et un goût prononcé pour les bars à chicha côté allemand de la frontière toute proche.

>> A lire aussi : Malaise à la Meinau, à Strasbourg

Puis de vidéos en vidéos, de conversations sur Facebook en rencontre avec un certain Mourad Farès, célèbre recruteur, ce groupe de dix à l’époque - deux d’entre eux sont morts en Syrie, Foued Mohamed-Aggad s’est fait exploser au Bataclan- va décider d’aller en Syrie « dans un but humanitaire », affirment-ils pour la plupart « même si je savais que je pouvais être appelé à prendre les armes », reconnaissent certains. Pour d'autres, il s'agissait surtout de « combattre le régime de Bachar al-Assad », comme Karim Mohamed-Aggad.

« Un rêve américain version Dubaï »

Certains avaient des rêves d’avenir à Dubaï, pour y devenir prof de sport par exemple comme Radouane Taher, ou bien footballeur pour Miloud Maalmi. « C’est la fête, c’est l’argent, c’est le rêve américain mais version Dubaï », s’enflamme celui-ci. Mais pour voler au secours du peuple syrien, Miloud Maalmi, qui affirme « ne jamais avoir adhéré à la charia », va repousser son projet.

Côté motivation à tout lâcher pour partir dans un pays en guerre où l’EI - EIIL à l’époque - n’avait pas encore proclamé son califat, Radouane Taher réfute également toute raison religieuse. « C’était plus une démarche politique. Ce phénomène syrien prenait de l’ampleur, il était médiatisé, accessible à tout le monde. La Turquie, c’est à côté. »

L’audience doit reprendre mardi avec l’étude de personnalité de Karim Mohamed-Aggad, dernier de la bande à ne pas être passé.

L’ombre du 13 novembre

Les avocats se sont beaucoup plaints du lien que font les journalistes entre la filière de Strasbourg et les attentats du 13 novembre, mais ils n’ont pas été les seuls à le faire ce lundi. L’Association française des victimes de terrorisme a ainsi tenté de se porter partie civile dans le dossier, au grand étonnement de la défense. « Ce n’est pas le procès du Bataclan », s’est indigné Eric Plouvier, conseil de Miloud Maalmi. « C’est une constitution de partie civile d’amalgame. Dans ce dossier, il n’y a aucun attentat et aucune victime », a fustigé Françoise Cotta, avocate de Karim Mohamed-Aggad. La demande a été jugée irrecevable par le tribunal.

Avant de commencer les débats, Françoise Cotta a informé la présidente que son client avait quelque chose à déclarer au préalable : « Je souhaite revenir sur les attentats du 13 novembre. On n’a aucune responsabilité dans ce qui s’est passé. Je n’aimerais pas être assimilé à ces actes. On choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille. Je voudrais une procédure équitable et pas d’amalgame. »