Omsen, Abaaoud... Les «fausses morts» des djihadistes inquiètent les autorités

TERRORISME Neuf mois après avoir fait croire à son propre décès, Omar Omsen, figure du djihadisme français, est réapparu sur la scène médiatique. comme avant lui Abdelhamid Abaaoud…

Caroline Politi

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Omar Omsen en 2014
Omar Omsen en 2014 — Al-Jazeera

Une résurrection. Ou plutôt la fin d’une supercherie. L’émir français Omar Omsen a reconnu au micro du journaliste de Complément d’enquête, Romain Boutilly, avoir mis en scène sa propre mort. L’affaire se noue à l’été 2015 : fin juillet, des proches du Niçois de 40 ans annoncent qu'il a été grièvement blessé par une balle lors d’un repérage près d’Alep. Une semaine plus tard, son décès s’affiche en une dans tous les médias français.

Pour le spécialiste du djihad, David Thomson, les premiers doutes sont apparus le 6 avril : plusieurs sources chez Al-Qaida lui affirment que le recruteur vit dans la clandestinité en Syrie. La confirmation arrive quelques jours plus tard du « décédé » lui-même. «  L’émir Omar Omsen n’est pas mort, l’annonce de sa mort a été répandue pour une raison bien précise. D’ailleurs, vous parlez avec Omar lui-même depuis tout à l’heure », confie-t-il au journaliste Romain Boutilly. Il explique avoir fait courir cette rumeur afin d’être exfiltré de Syrie pour y subir une « intervention chirurgicale ». Une version à laquelle ne croit pas du tout David Thomson. « Sa vie était menacée par plusieurs groupes terroristes. Il s’est servi de sa propre mort pour se faire un peu oublier. »

Sortir des radars

Si Omar Omsen a cherché à fuir ses rivaux, certains djihadistes feintent la mort pour disparaître des écrans radars des nombreux services de renseignements et passer les frontières sans être inquiétés. Visés par un mandat d’arrêt international pour l’immense majorité d’entre eux, ils sont systématiquement contrôlés et arrêtés à peine sortis d’avion. La clandestinité est donc devenue le meilleur moyen pour rentrer en Europe. « Contrairement à Al-Qaida, l’Etat islamique [EI] fonctionne principalement avec des gens déjà connus des services de police et souvent fichés S. Ils doivent donc trouver des techniques pour les dissimuler », précise Alain Chouet, ancien officier de la DGSE et spécialiste du djihad.

Pour certains, il s’agit avant tout de fuir le front sans passer par la case prison. « Beaucoup de djihadistes veulent sortir des rangs de l’Etat islamique mais ne peuvent pas car les déserteurs sont exécutés », explique Philippe Migaux, maître de conférences à Sciences Po et spécialiste de la sécurité internationale. Mais la crainte des autorités se porte avant tout sur les djihadistes qui entrent clandestinement en Europe pour y commettre des attentats.

Photo non datée d'Abdelhamid Abaaoud
Photo non datée d'Abdelhamid Abaaoud - DABIQ

La peur n’est pas infondée : Foued Mohamed-Aggad, l’un des djihadistes du Bataclan et surtout Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats de Paris, ont utilisé cette méthode. Ainsi, fin 2014, le Belge Abaaoud, visage le plus connu du djihad francophone, fait croire qu’il est mort sur le front syrien. C'est son petit frère de 13 ans qui annonce la nouvelle à ses proches. Quelques semaines plus tard, en marge du démantèlement de la cellule de Verviers, Abaaoud fanfaronne dans le journal de propagande Dabiq, affirmant revenir à peine de Belgique. Il reviendra en Europe en novembre pour commettre les attentats de Paris alors même que les autorités le croient en Syrie… « Ces fausses morts ne sont pas une tendance, relativise David Thomson, mais plusieurs cas ont en effet été recensés. »

« Des trous dans le filet »

Elles sont, en tout cas, symptomatiques de la difficulté des services de renseignements à confirmer les morts sur le terrain. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, quelque 161 Français seraient morts en Syrie ou en Irak, un chiffre à prendre avec des pincettes. « Toutes les morts annoncées en France ne sont en réalité que des décès "présumés", explique David Thomson. Tant qu’il n’y a pas de preuves concrètes et tangibles, le parquet ne les considère pas comme telles. » « Il y a des trous dans le filet, confirme Alain Chouet. La confirmation se fait grâce à des agents infiltrés sur place, des contacts ou des moyens techniques comme des drones mais on ne peut pas être systématique. » Reste à savoir ce que savaient réellement les services de renseignements sur Omar Omsen avant qu’il ne fasse son coming-out médiatique et, surtout, pourquoi il le fait…