VIDEO. Sofiane Rasmouk condamné à la perpétuité: «L'histoire d'une tragédie annoncée»

JUSTICE Reconnu coupable de tentative de meurtre, tentative de viol, viol et vols avec violence, Sofiane Rasmouk a été condamné à la perpétuité par la cour d’assises de Nanterre…

Helene Sergent

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L'entrée du tribunal de grande instance de Nanterre.
L'entrée du tribunal de grande instance de Nanterre. — Mehdi Fedouach AFP

« Il y a des douleurs que seul le silence peut respecter. » Bien tardivement, Sofiane Rasmouk semble avoir pris la mesure de ces quelques mots, prononcés ce lundi par son avocat, Me Terquem. Le multirécidiviste n’a rien dit, pas esquissé le moindre geste après les réquisitions de l’avocat général. Une attitude à mille lieues de celle adoptée  toute la semaine dernière, marquée par ses excès de violence, insultes, menaces et vitupérations. Cet accusé « hors norme », « extraordinaire » a été reconnu coupable de tentative de meurtre et de viol contre Priscillia, de viol contre Sandra et de vols à l’encontre des deux jeunes femmes. La cour d’assises de Nanterre l’a condamné à une peine de prison à perpétuité, peine requise, cinq heures plus tôt, par le ministère public.

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« Les possibilités de réadaptation sont des plus minces »

Dominique Borron, avocat général, l’a déploré dès le début de ses réquisitions : « Nous n’avons pas assez parlé des victimes » de Sofiane Rasmouk. Une carence qu’il a tenté de combler en revenant dans le détail sur les agressions successives de Priscillia, puis Sandra à Colombes, le soir du 7 août 2013 : « Après le 7 août, elles ne sont plus, elles ont été anéanties. » S’appuyant sur les éléments du dossier, le représentant du ministère public a particulièrement insisté sur la chronologie des faits : « Elle vous montre que la série criminelle a été accomplie dans un temps très bref (…) que les deux faits sont liés ». Aux yeux de l’avocat général, non seulement Sofiane Rasmouk a tenté de violer Priscillia qui se serait débattue mais il l’a volontairement rouée de coups avant de s’en prendre, à 600 mètres de là, à Sandra : « Et comme il ne peut pas accepter d’être un prédateur sexuel, il méprise, il humilie ses victimes tout au long de l’instruction et tout au long de cette audience, d’où les heurts, les soubresauts. »

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Développant, face aux neuf jurés, ses arguments en faveur de la plus lourde des condamnations, Dominique Borron a cité les expertises effectuées sur Rasmouk afin d’anéantir tout soupçon de démence : « J’ai lu et j’ai vu dans la presse qu’on le qualifiait de monstre (…) mais votre juridiction ne juge pas des créatures de papier. Sofiane Rasmouk n’est pas bête mais la vérité ne l’intéresse pas. » Quant à une éventuelle réinsertion, l’avocat général a été catégorique : « Même si l’on sait ce qu’est une personne psychopathique - elle ne respecte pas la loi ni les victimes, obéit à peine à ce que lui conseille la défense - on sait que les possibilités de réadaptation dans la vie sociale sont des plus minces. »

« L’histoire d’un désastre annoncé »

Que faire de cet accusé que proches, policiers et témoins décrivent comme « barjo », « hyper agressif », « immature » et « violent » ? C’est la question posée à la cour par Francis Terquem lors d’une plaidoirie mémorable. Récusé par Rasmouk lui-même en milieu de semaine puis commis d’office, l’avocat a été contraint au silence par son client, jusqu’à ce lundi matin. « Ça nous ferait du bien de le considérer comme un étron et d’avoir simplement à tirer la chasse. Mais voilà, ce n’est pas tant qu’il est un homme, c’est que nous le sommes », a lancé le pénaliste. Interrogeant la cour sur sa psychopathie et sur la prise en charge de ses troubles, Me Terquem s’est attaché à dépeindre Rasmouk comme un « violeur qui ne bande pas, qui ne jouit pas » : « Le mobile est sexuel, mais on n’a rien regardé, on n’a rien analysé de sa vie sexuelle ! C’est pourtant cela l’essentiel ! », a tonné le conseil.

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Sans effets de manche ni emphase, l’avocat, à contre-courant de la défense de son propre client qui nie le viol et la tentative de viol, a invoqué la responsabilité d’un placement trop précoce en institut pédopsychiatrique, l’absence de cadre paternel - son père est décédé lorsqu’il était adolescent - et maternel : « Il est analphabète. A-N-A-L-P-H-A-B-È-T-E. il a quitté l’école. En France ! Au XXIe siècle ! Et personne ne s’en est inquiété. D’ailleurs, Mme Rasmouk, où est-elle ? Vous êtes une mère dont le fils est jugé aux assises et contre lequel l’avocat général a requis la perpétuité : Vous arrivez à genoux ! Vous demandez pardon ! (….) [La mère de Rasmouk] Elle, est en vacances au Maroc. »

Plaidant en faveur de l’acquittement sur la tentative de meurtre mais pour une condamnation pour viol, Francis Terquem a dénoncé l’impasse judiciaire d’une incarcération à vie, l’inefficacité des 122 mois déjà passés en prison en dix ans et le caractère récidiviste de l’accusé : « Tout le monde finit par abandonner, tout le monde s’y fait, tout le monde est d’accord : ce sera la prison. Mais Sofiane Rasmouk doit vivre et nous devons tous vivre avec lui. Il est notre frère. L’histoire de Sofiane Rasmouk, c’était l’histoire d’un désastre annoncé. À partir d’aujourd’hui c’est l’histoire d’une tragédie annoncée. »