EXCLUSIF. Euro 2016: Face aux attentats, les Français sont pragmatiques et relativisent

SONDAGE Huit Français sur 10 sont favorables au recours à la sécurité privée pendant la compétition sportive, selon un sondage Odoxa pour Fiducial et « 20 Minutes » dévoilé ce lundi…

Helene Sergent

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Un policier lors d'un exercice de sécurité au Stade Pierre-Mauroy, à Lille, le 21 avril 2016.
Un policier lors d'un exercice de sécurité au Stade Pierre-Mauroy, à Lille, le 21 avril 2016. — Michel Spingler/AP/SIPA

Dans dix jours, Paris et le reste de la France vivront au rythme de l’Euro de football. Un événement sportif attendu par des dizaines de milliers de spectateurs et scruté par les autorités. Depuis les attentats de Saint-Denis et Paris qui ont coûté la vie à 130 personnes le 13 novembre 2015, le gouvernement se veut rassurant et multiplie les mesures visant à renforcer le dispositif sécuritaire. Si la majorité des Français refuse de céder à la psychose face à la menace terroriste, leurs attentes en matière de sécurité restent particulièrement élevées.

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Ne pas céder à la psychose

Le premier enseignement à tirer de ce baromètre Odoxa pour Fiducial et 20 Minutes* sur la sécurité des Français, réside dans la capacité des sondés à relativiser la menace terroriste. Parmi différents risques énoncés, les agressions ou incivilités commises par des délinquants restent les plus redoutées (39 %), devant le risque d’attentat terroriste (24 %). Qu’ils s’agissent de Roland-Garros, du Tour de France ou de l’Euro de Football, 56 % des Français refusent de conseiller à leurs proches d’éviter les lieux de rassemblement sportifs. Par ailleurs les stades, courts et autres terrains ne les inquiètent pas outre mesure puisque 71 % estiment qu’ils sont bien sécurisés. Contrairement aux transports (58 %) ou aux gares et aéroports (49 %), le sentiment d’insécurité au sein des infrastructures sportives est particulièrement faible (12 %)

Autre point saillant du baromètre, la suppression des « fan-zone » reste inenvisageable pour deux tiers des Français. Un chiffre en hausse de six points en un peu plus d’un mois. Malgré les polémiques et les débats lancés par plusieurs élus municipaux, ces espaces dédiés sont plébiscités par les sondés. Cette résilience, initiée au lendemain du 13 novembre, n’est pas synonyme de naïveté puisque 49 % des Français disent avoir peur de la menace terroriste sans que cela ne modifie leur comportement. Continuer de célébrer donc, mais à certaines conditions.

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Des attentes élevées

Notre sécurité doit-elle s’exercer au prix de nos libertés ? Depuis sept mois, cette question divise la classe politique. L’opinion publique, elle, semble plus perméable aux discours et mesures sécuritaires analyse Emile Leclerc, directeur d’étude chez Odoxa : « Il y a dix ans, seuls 45 % des Français estimaient que l’insécurité augmentait. Aujourd’hui ils sont 69 %, près de 7 sur 10. Lorsqu’on les interrogeait par exemple sur le recours aux caméras de vidéosurveillance, les sondés l’acceptaient moins. Le contexte actuel faisant, les Français réclament désormais davantage de sécurité ». Preuve en est de la porosité du discours « tout sécuritaire », ce n’est pas à la gauche au pouvoir qu’ils font le plus confiance en matière de lutte contre le terrorisme (27 %) mais au Front National (34 %) crédité du même pourcentage que la droite.

Davantage de sécurité, même si celle-ci doit s’exercer par des acteurs privés. Plus de 8 Français sur 10 estiment que les agents de sécurité ont un rôle important à jouer dans le dispositif de sécurisation de l’Euro, et 58 % des personnes interrogées sont favorables à l’armement de ces agents, à condition qu’ils soient qualifiés et sélectionnés. Rien d’étonnant pour Emile Leclerc qui voit en ce positionnement une forme de « pragmatisme » : « On le sait, il existe une défiance à l’égard des institutions, des politiques ou des médias. Mais en matière de sécurité, les Français font confiance à l’armée et à la police qui représentent un socle solide. Or, ils considèrent peut-être que les forces de l’ordre ont autre chose à faire que sécuriser les supermarchés, les lieux culturels ou les bars où seront diffusés les matchs. Ils se sont habitués à la présence de vigiles ».

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Un plébiscite qui s’accompagne, en parallèle, d’une forte critique des mesures mises en place à ce jour par le gouvernement.En dépit d’une énième prorogation de l’état d’urgence votée le 19 mai dernier, 56 % des Français estiment que les moyens déployés n’ont pas permis de réduire les risques d’attentats.

*Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1.008 Français représentatifs de la population, âgée de 18 ans et plus, interrogés par Internet du 26 au 29 avril 2016 selon la méthode des quotas.