La filière de Strasbourg, dont était issu un kamikaze du Bataclan, devant la justice

JUSTICE Sept prévenus de retour de Syrie comparaissent à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme »…

Florence Floux

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Strasbourg le 13 05 2014. TERRORISME - Les forces de l'ordre ont interpelle des jeunes soupçonnes d'etre partis en decembre en Syrie. Les forces de l?ordre sont intervenues notamment dans un immeuble du quartier de la Meinau pour interpeller des jeunes qui sont soupçonnes d'etre partis en Syrie
Strasbourg le 13 05 2014. TERRORISME - Les forces de l'ordre ont interpelle des jeunes soupçonnes d'etre partis en decembre en Syrie. Les forces de l?ordre sont intervenues notamment dans un immeuble du quartier de la Meinau pour interpeller des jeunes qui sont soupçonnes d'etre partis en Syrie — G. Varela \ 20 Minutes

Son nom va-t-il peser lourd dans les débats ? Foued Mohamed-Aggad, l’un des kamikazes du Bataclan, appartenait à la filière de Strasbourg, dont sept personnes sont jugées par le tribunal correctionnel de Paris à partir de ce lundi pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme ».

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En décembre 2013, ce groupe de dix s’envole pour l’Allemagne, puis la Turquie, dans le but de rejoindre la Syrie, prétextant des vacances à Dubaï. Originaire de la région strasbourgeoise, la bande d'amis décide de quitter la France avec l’aide d’un recruteur bien connu des services de police : Mourad Farès.

Dans l’ombre de Foued Mohamed-Aggad

Parmi ces jeunes, âgés à l’époque des faits de 21 à 24 ans, pas moins de trois fratries : Foued et Karim Mohamed-Aggad, Mohamed et Ali Hattay ainsi que Mourad et Yacine Boudjellal, tués tous les deux peu après leur arrivée. C’est donc le frère du kamikaze du Bataclan, qui figure parmi les prévenus.

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Présentes dans plusieurs affaires de djihadisme, les fratries tiennent une place importante dans les filières : les frères Kouachi, les frères Merah, les frères Abdeslam, les frères Tsarnaev à Boston, et plus récemment les frères El Bakraoui, à Bruxelles. Pour autant, les frères ne sont pas toujours solidaires de leurs actions. Karim Mohamed-Aggad rentre ainsi en France un peu plus de trois mois après être arrivé en Syrie quand son frère décide d’y rester, selon lui « parce qu’il lui était difficile de partir ». Karim Mohamed-Aggad indique ainsi que sur les dix membres du groupe arrivés ensemble, sept étaient partis, provoquant le courroux de l’émir. Sans compter que son frère Foued avait fait venir son épouse sur place.

Vrais combattants ou victimes naïves ?

Karim ainsi que les six autres regagnent la France entre février et avril 2014, avant d’être interpellés au mois de mai. Malgré les nombreuses photos récupérées notamment sur les réseaux sociaux montrant les sept prévenus en treillis, avec arme à la main, tous nient s’être battus, expliquant être partis là-bas dans le but de faire de « l’humanitaire » et aider le peuple syrien. Certains affirment même avoir été obligés de poser pour la propagande.

L’un des prévenus, Miloud Maalmi estime pour sa part être une victime dans cette affaire. D’après cet ancien entraîneur sportif, il aurait été berné par les organisateurs du voyage qui lui auraient fait croire qu’il allait pouvoir aider les Syriens. Au lieu de quoi il se serait retrouvé détenu par des hommes armés qui lui auraient infligé des sévices parce qu’il refusait de combattre. Son avocat, Eric Plouvier, a d’ailleurs porté plainte contre X en octobre 2014. Il vient à nouveau de porter plainte contre X, mais cette fois-ci « pour faux en écriture publique et/ou privée ainsi que pour usage de faux ».

Des fiches du #DaeshLeaks versées au dossier

Le conseil entend ainsi s’opposer à de nouvelles pièces versées au dossier : des fiches dites de #DaeshLeaks. En avril mars, la chaîne britannique Sky News rendait publiques des informations sur 4.600 personnes présentées comme des recrues étrangères de Daesh, dont 500 Français. Des informations authentifiées en avril par de l’école militaire de West Point, aux Etats-Unis et qui mentionnent les sept prévenus strasbourgeois, donnant leur état civil, leur profession et les qualifiant de « combattants » de Daesh.

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S'appuyant sur deux articles du New York Times et du Monde datés de mars 2016 qui doutent de l'authenticité de ces informations, Eric Plouvier estime que ces fiches n'ont pas à être versées au dossier. 

Ils encourent jusqu’à dix ans de prison. Le procès doit s’achever le 7 juin.