Une institutrice condamnée pour violences sur 11 élèves de maternelle

JUSTICE Les enfants avaient raconté avoir été « secoués », traités de « nuls », de « nouilles », « d’incapables », et même avoir été « giflés »…

Clémence Apetogbor

— 

Illustration d'une salle de classe.
Illustration d'une salle de classe. — KONRAD K/SIPA

L’affaire avait éclaté au début de l’été 2015, quand des parents avaient constaté que le comportement de leurs enfants, âgés de 3 à 5 ans, se dégradait (peur irrationnelle, refus de manger, terreurs nocturnes, draps souillés…).

Une directrice d’école de Haute-Vienne a été reconnue coupable de violences physiques et psychologiques sur onze élèves de maternelle et condamnée ce vendredi en appel à Limoges à 12 mois de prison avec sursis. Elle a également été condamnée à cinq ans d’interdiction d’exercer une profession en lien avec des enfants.

Le 31 mars dernier, le ministère public avait requis à l’encontre de la directrice de l’école de Feytiat, une peine de 18 mois de prison avec sursis et une interdiction à vie d’exercer une profession en lien avec des enfants.

L’accusée affirme être « victime d’une machination »

L’institutrice, Delphine Adam, 49 ans, avait été relaxée en première instance, le tribunal correctionnel ayant considéré que les faits qui lui étaient reprochés ne relevaient pas de violences commises par une personne ayant autorité sur mineurs.

A l’été 2015, des parents d’élèves avaient alerté la hiérarchie de l’institutrice mais, en l’absence de sanctions disciplinaires, ils s’étaient résolus à porter plainte.

>> A lire aussi : Prison ferme pour une mère de famille qui avait agressé deux institutrices

Lors de son premier procès, l’institutrice avait affirmé être « la victime d’une machination », taxant de mensonge ses accusateurs, élèves et collaborateurs. Les enfants avaient raconté avoir été « secoués », traités de « nuls », de « nouilles », « d’incapables », et même avoir été « giflés », « bousculés », enfermés dans le dortoir plusieurs heures, seuls, ou dans le « placard aux sorcières ».

Une « pédagogie de la terreur »

« Je comprends totalement qu’un enfant puisse être blessé quand il est frustré dans ses pulsions. Mais c’est mon rôle de leur apprendre la frustration », s’était alors défendue l’institutrice, reconnaissant que « parfois on est obligé d’intervenir physiquement ».

Devant la cour d’appel, les magistrats ont toutefois mis en lumière « sa pédagogie de la terreur » et son comportement « générateur de violence ».

Une quinzaine d’avocats, une vingtaine de parties civiles, une quarantaine de parents et huit témoins de l’entourage professionnel de l’institutrice avaient raconté à la barre comment étaient « terrorisés » les enfants.

Six assistantes maternelles, au contact quotidien de l’institutrice, avaient évoqué des « hurlements », « cheveux tirés », « claques », « tapes ». « On ne savait pas quoi faire pour que ça s’arrête, c’était tous les jours », a témoigné l’une d’entre elles.

Un jugement qui « soulage » les parents d’élèves victimes

« Je n’avais jamais entendu au cours de ma carrière des mots pareils dans la bouche d’une enseignante. Je suis de la vieille école, je suis pour la rigueur, mais là c’était de la maltraitance », avait déclaré une autre assistante, forte de 30 ans d’expérience.

« Ce jugement, c’est un soulagement, une reconnaissance du préjudice subi par nos enfants. Une reconnaissance qui a tardé à venir après la douche froide de la première instance », a réagi Murielle Comte, porte-parole du collectif de parents d’élèves victimes.

Sur les quinze victimes qui s’étaient constituées parties civiles, le tribunal en a retenu onze. L’institutrice devra verser à leurs parents, civilement responsables, entre 1.000 et 3.000 euros de dommages et intérêts selon les cas.

Les parents d’élèves demandent désormais au rectorat, resté très silencieux tout au long de l’affaire, de prendre des sanctions disciplinaires à l’encontre de la fonctionnaire. Le rectorat « avait été alerté tant par les parents que les personnels et n’a pris de mesures d’éloignement qu’après que la justice se soit saisie de l’affaire », souligne Murielle Comte.