Attentats du 13 novembre: «Ces réunions sont importantes dans le processus de réparation des victimes»

INTERVIEW Les parties civiles des attaques terroristes du 13 novembre ont rencontré cette semaine les juges d’instruction qui s’occupent de l’enquête…

Propos recueillis par Florence Floux
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Bataclan: rescapés et familles de victimes reçus par les juges
Bataclan: rescapés et familles de victimes reçus par les juges — Aurore Mésenge, Clémence Guinard AFPTV

Le rendez-vous était important. Les victimes des attentats du 13 novembre ont été reçues de mardi à jeudi par les six magistrats instructeurs qui travaillent sur l’enquête. Au sein de l’Ecole militaire de Paris, où la liste des 130 victimes avait été centralisée il y a six mois, les parties civiles se sont succédé en trois groupes pour tenter d’obtenir des réponses à leurs questions. Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (FENVAC), dont l’association s’est portée partie civile, a assisté à la première rencontre.

Concrètement, en quoi ont consisté ces trois réunions ?

Pendant environ deux heures, un des juges faisait un récit chronologique de la soirée du 13 novembre. Les magistrats font remonter le début des faits au 9 novembre, avec des allers-retours entre la France et la Belgique. Les familles étaient très attentives. Après ce récit, les victimes ont pu poser leurs questions, environ une trentaine, pendant deux à trois heures. Les magistrats s’efforçaient de répondre aux interrogations. C’était un moment très libre.

Quel retour avez-vous eu de la part des victimes ?

Elles ont conscience du travail réalisé par les enquêteurs. Le plus important je pense, c’est que les victimes font confiance aux juges d’instruction. Elles avaient intégré avant ces rencontres qu’elles n’obtiendraient pas forcément les réponses à toutes leurs questions, mais chacun est reparti avec la conscience de ce qu’est une enquête judiciaire.

En quoi ces réunions étaient-elles importantes ?

C’est un élément très important du processus de réparation des victimes, du travail de deuil. Les gens ont besoin d’avancer dans leur vie. Les juges leur ont donné des choses qui les invitent à avancer. Au-delà du récit des faits, il y a des perspectives, une dynamique, avec l’enquête qui suit son cours, qui avance. Les magistrats ont également réussi à être très inclusifs dans leur façon de communiquer, ils intégraient les victimes dans le processus.

Quel sentiment laisse ce genre de réunion ?

Parfois, les questions des victimes étaient pleines de larmes. Mercredi et jeudi, des survivants du Bataclan étaient présents. Vous sortez épuisés de ces cinq heures de paroles très chargées émotionnellement. Il faudra du temps à tout le monde pour s’en remettre et digérer, mais cela a permis de mettre de l’ordre dans un dossier énorme.